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Restauration en cours par René Di Rollo (AARP) : Erard, Paris, 1869, piano à queue

La caisse de cet élégant piano de 7 octaves est en bois teinté d'un noir très profond qui met en valeur les motifs et les filets en or moulu (un aliage imitant l'or) de la ceinture et du couvercle. L'intérieur en citronier forme, lui aussi, un contraste agréable avec le noir de la caisse. L'instrument repose sur trois pieds en balustre à quatre facettes également décorés de motifs en or moulu. Il fut construit à la mort de Pierre Erard, l'inventeur de la mécanique à double échappement. Après sa disparition, la maison déclina progressivement. Ce piano, qui reçut une médaille d'Honneur à l'Expossition de Paris de 1867, fut réalisé à l'apogée du succès de la maison Erard (voir dans la section Articles l'ouvrage rédigé par Pierre Erard sur la Manufacture Erard vers 1850). Il s'agit d'un instrument exceptionnel, tant par sa beauté que par la plénitude et son émission sonore et bien évidement son intérêt musical.

 
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Ecrit par Administrateur du site   
01-04-2006
Le musée instrumental de Berlin avait proposé de mars à décembre 2000 une exposition unique une exposition unique retraçant la facture pianistique depuis  1700 à nos jours. Piano Magazine avait consacré une série de reportages dans ses numéros 20 à 24 (janvier- février 2001 à septembre-octobre 2001) enrichis de commentaires de Marie-Brigitte Duvernoy (A.F.A.R.P). Nous n'avons pas pu retranscrire le premier reportage, consacré de toute façon à la facture allemande des années 1700 à 1830, mais vous trouverez dans ces 30 pages une rétrospective nous l'espérons intéressante. Utilisez l'option "imprimer" pour visualiser correctement le document.
   
 
 
   
               
  
 
TRICENTENAIRE
 
  
 
Le Musée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
  
 
L'an 2000 a été l'objet de nombreuses célébrations. Parmi elles, plus discrète, la célébration du tricentenaire de la facture de piano a été fêtée par les spécialistes du monde entier. Et le Musée instru­mental de Berlin a proposé de mars à décembre 2000 une exposi­tion unique retraçant la facture allemande de ces trois siècles. Après un premier volet consacré aux pianos des années 1700 aux années 1830 (Piano, le magazine n°20, page 22), la facture allemande de la seconde moitié du XIXe siècle à la fin du XXe siècle est
 
  
 
Photos Michel Piquemal
 
  
 
À gauche, le pianoforte
conçu par la maison
Heinrich Kisting
& fils en 1837.
Ci-dessous,
un piano Blùthner
de 1862 avec
« Patentmechanik ».
 
  
 
aujourd'hui à l'honneur dans ce
E n 1984, le Musée instrumental de Berlin s'installe dans les locaux de la prestigieuse Philharmonie. Dix ans plus tard, Konstantin Restle prend la direction du musée. Musi­cologue et facteur amateur, il est à l'ori­gine de cette exposition exceptionnelle qui a réuni, de mars à décembre 2000, des dizaines d'instruments retraçant la facture allemande de 1700 à nos jours. Des pianos venant de musées et de collections parti­culières du monde entier lui ont été prêtés à cette occasion.
Au milieu du XIXe siècle, le piano a déjà connu les plus grandes révolutions. Le mécanisme employant des marteaux pour frapper les cordes est largement utilisé et deux mécaniques distinctes dominent le marché du piano : la mécanique anglaise et la mécanique austro-allemande. A la tête de l'école de la mécanique anglaise, la maison Broadwood & Son fournit des ins­truments à la fois plus puissants que ceux pourvus de la mécanique austro-alle­mande et qui conviennent à tous les styles musicaux. Les instruments allemands et viennois possèdent, quant à eux, une so­norité .plus délicate mais répondent, dans une moindre mesure, aux nouveaux im­pératifs de puissance. Alors que les œuvres du mouvement romantique de­mandent à être jouées sur des instruments robustes et que cette concurrence anglaise s'amplifie, les facteurs allemands et autri­chiens lancent eux aussi sur le marché des pianos plus puissants à l'image du fameux pianoforte de Conrad Graf de 1838. Les années 1830 constituent donc bien un tournant dans la facture de piano. Et la seconde moitié du siècle sera riche en per­fectionnements techniques et en innova-
reportage exclusif.
tions esthétiques. La consolidation de l'instrument est alors la première des pré­occupations. Les facteurs ont l'idée d'ajou­ter des étais métalliques placés parallèle­ment aux cordes au-dessus de la table d'harmonie et fixés dans chacun des deux sommiers. Cette solution fut largement adoptée jusque dans les années 1840 avant de céder la place à une idée plus in­génieuse encore : le cadre en fonte. Ce dernier va permettre à l'instrument de supporter une augmentation de la tension des cordes, des marteaux plus gros et des mécaniques plus solides. Le dernier grand progrès technique de cette époque sera l'instauration des cordes croisées, système breveté en 1859 par Steinway. Au début du XIXe siècle, les facteurs de pianos sont peu répandus à Berlin malgré la demande pressante des Allemands. Vienne et Londres sont alors les centres de la facture et, en 1804, ne sont réperto­riés que dix-sept facteurs berlinois. Les guerres napoléoniennes et les mauvaises conditions économiques qui en découlent expliquent vraisemblablement cette faible production. L'Etat prussien chercha dès lors à encourager cet artisanat d'art en lan­çant des expositions académiques tenues tous les deux ans. Les facteurs y partici­pant pouvaient alors porter le titre d'ar­tistes académiques. Dès les années 1820, la facture de piano devient une activité privilégiée et le nombre d'artisans aug­mente de façon notable à Berlin jusqu'à at­teindre plus de 110 facteurs de pianos en 1880 puis bientôt près de 250. Le premier instrument présenté dans notre second chapitre est un pianoforte de la maison Heinrich Kistirg & fils construit verd 1837. Heinrich Kisting est à cette époque le fac-
 
 
Chapitre 2
 
 
 
  
               
   
 
 
  
   
             
  
 
RICENTENAIRE
 
  
 
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Le Musée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
  
 
L'an 2000 a été l'objet de nombreuses célébrations. Parmi elles, plus discrète, la célébration du tricentenaire de la facture de piano a été fêtée par les spécialistes du monde entier. Et le Musée instru­mental de Berlin a proposé de mars à décembre 2000 une exposi­tion unique retraçant la facture allemande de ces trois siècles. Après un premier volet consacré aux pianos des années 1700 aux années 1830 (Piano, le magazine n°20, page 22), la facture allemande de la seconde moitié du XDf siècle à la fin du XXe siècle est
 
 
Photos Michel Piquemal
 
  
 
À gauche, le pianoforte
conçu par la maison
Heinrich Kisting
& fils en 1837.
Ci-dessous,
un piano Blùthner
de 1862 avec
« Patentmechanik ».
 
  
 
il,
aujourd'hui à l'honneur dans ce
E n 1984, le Musée instrumental de Berlin s'installe dans les locaux de la prestigieuse Philharmonie. Dix ans plus tard, Konstantin Restle prend la direction du musée. Musi­cologue et facteur amateur, il est à l'ori­gine de cette exposition exceptionnelle qui a réuni, de mars à décembre 2000, des dizaines d'instruments retraçant la facture allemande de 1700 à nos jours. Des pianos venant de musées et de collections parti­culières du monde entier lui ont été prêtés à cette occasion.
Au milieu du XIXe siècle, le piano a déjà connu les plus grandes révolutions. Le mécanisme employant des marteaux pour frapper les cordes est largement utilisé et deux mécaniques distinctes dominent le marché du piano : la mécanique anglaise et la mécanique austro-allemande. A la tête de l'école de la mécanique anglaise, la maison Broadwood & Son fournit des ins­truments à la fois plus puissants que ceux pourvus de la mécanique austro-alle­mande et qui conviennent à tous les styles musicaux. Les instruments allemands et viennois possèdent, quant à eux, une so­norité -plus délicate mais répondent, dans une moindre mesure, aux nouveaux im­pératifs de puissance. Alors que les œuvres du mouvement romantique de­mandent à être jouées sur des instruments robustes et que cette concurrence anglaise s'amplifie, les facteurs allemands et autri­chiens lancent eux aussi sur le marché des pianos plus puissants à l'image du fameux pianoforte de Conrad Graf de 1838. Les années 1830 constituent donc bien un tournant dans la facture de piano. Et la seconde moitié du siècle sera riche en per­fectionnements techniques et en innova-
reportage exclusif.
tions esthétiques. La consolidation de l'instrument est alors la première des pré­occupations. Les facteurs ont l'idée d'ajou­ter des étais métalliques placés parallèle­ment aux cordes au-dessus de la table d'harmonie et fixés dans chacun des deux sommiers. Cette solution fut largement adoptée jusque dans les années 1840 avant de céder la place à une idée plus in­génieuse encore : le cadre en fonte. Ce dernier va permettre à l'instrument de supporter une augmentation de la tension des cordes, des marteaux plus gros et des mécaniques plus solides. Le dernier grand progrès technique de cette époque sera l'instauration des cordes croisées, système breveté en 1859 par Steinway. Au début du XIXe siècle, les facteurs de pianos sont peu répandus à Berlin malgré la demande pressante des Allemands. Vienne et Londres sont alors les centres de la facture et, en 1804, ne sont réperto­riés que dix-sept facteurs berlinois. Les guerres napoléoniennes et les mauvaises conditions économiques qui en découlent expliquent vraisemblablement cette faible production. L'Etat prussien chercha dès lors à encourager cet artisanat d'art en lan­çant des expositions académiques tenues tous les deux ans. Les facteurs y partici­pant pouvaient alors porter le titre d'ar­tistes académiques. Dès les années 1820, la facture de piano devient une activité privilégiée et le nombre d'artisans aug­mente de façon notable à Berlin jusqu'à at­teindre plus de 110 facteurs de pianos en 1880 puis bientôt près de 250. Le premier instrument présenté dans notre second chapitre est un pianoforte de la maison Heinrich Kistirg & fils construit ver s 1837. Heinrich Kisting est à cette époque le fac-
 
 
Chapitre 2
 
  
 
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facture en 1853. Dès l'année suivante, à l'Exposition industrielle de Munich, ses pianos remportent un tel succès que la re­connaissance internationale est quasi im­médiate. Situé à Leipzig, l'atelier de Bluth-ner emploie déjà plus de 130 ouvriers dans les années 1860. Cet instrument présenté ici est un parfait représentant de l'art du facteur allemand et de son oreille excep­tionnelle. Quelques années plus tard, en 1873, Blùthner fera breveter une invention perpétuée dans ses pianos jusqu'à aujour­d'hui : un système consistant à ajouter une corde supplémentaire aux notes du re­gistre aigu. Accordée à l'unisson, cette corde n'est pas percutée par le marteau mais vibre par sympathie. Il en résulte une
sonorité particulièrement chantante dans le registre aigu.
Autre facteur, autre instrument, un piano-forte imposant de la maison Theodor Stocker trône dans le musée instrumental de Berlin. Doté de la « oberschlâgiger Me-chanik », ce piano, construit au début des années 1860, a la singularité de posséder une mécanique inversée : au lieu de frap­per la corde par le dessous, le marteau la frappe du dessus. Cette méthode sera re­prise ensuite par de nombreux facteurs. Elle possède néanmoins un inconvénient : le marteau doit être relevé par un système particulier pour pouvoir agir de nouveau là où, sur le système inverse, il redescend naturellement selon les lois de la gravité.
 
  
 
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Le Musée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
 
 
  
 
Autre inconvénient avec le marteau de­vant frapper d'en haut : si le mécanisme qui lui permet d'être relevé n'est pas effi­cace, la corde peut être frappée deux fois. Elève d'Heinrich Kisting, Stocker étudia dans ses moindres détails la grande école de la facture de piano. Influencé égale­ment par les inventions de « Nannette » Streicher (Anna Maria Stein, fille du grand facteur Johann Stein et épouse de Johann Andréas Streicher), ce professionnel con­firmé aura une certaine renommée dans le Berlin du milieu du XIXe siècle. Si les révolutions techniques sont peu nom­breuses après 1850, les innovations esthé­tiques sont en revanche très marquées. Le piano est arrivé à son stade mécanique
Les pianos verticaux
sont en vogue
vers 1850.
quasi définitif ; il s'agit maintenant de le rendre original, attrayant, bref d'attirer une clientèle la plus nombreuse et la plus hété­roclite possible grâce à de nouveaux mo­dèles. Les pianos verticaux sont ainsi très appréciés dans l'Allemagne du milieu du XIXe siècle. Les premiers pianos verticaux étaient en général des pianos à queue dont le cadre, les cordes et la table d'harmonie étaient placés verticalement. Leurs cordes
étaient donc d'une certaine longueur, suffi­sante pour produire un timbre digne de celui des pianos à queue horizontaux. Le plus ancien piano vertical retrouvé est un instrument anonyme daté de 1735. Posé verticalement sur un piétement, cet instru­ment est inspiré du fameux clavicytherium. Les cordes des premiers pianos verticaux s'élevaient à partir du clavier et l'espace compris entre le piétement et le sol n'était donc pas utilisé. Au début du XIXe siècle, lorsque les facteurs créèrent à nouveau des pianos verticaux, ils imaginèrent de poser la caisse de l'instrument sur un piétement ré­duit puis directement sur le sol. Les cordes atteignent alors des longueurs intéressantes et tout l'espace possible est utilisé. Les
 
  
       
   
 
 
  
   
      
  
 
usée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
  
 
un piano « boîte à ouvrage vers 1850).
grands pianos verticaux Se divisent essen­tiellement en quatre catégories : le piano pyramidal, le piano-cabinet (instrument très haut et rectangulaire), le piano-girafe (sa caisse est de forme courbée, reprenant un peu la forme originale du piano à queue mais en hauteur) et le piano-lyre. L'exposi­tion de Berlin nous offre un superbe piano pyramidal datant des années 1770 et conçu par un facteur allemand anonyme. Cet ins­trument annonce, en quelque sorte, les pia­nos-lyre, pianos-girafe et autres bizarreries produits en nombre au milieu du XIXe siècle. Un peu plus loin, un étonnant piano-girafe nous est présenté. Conçu en 1840
En 1880, Berlin
compte plus de 110
facteurs de piano.
 
 
par Johann Millier, il est un parfait repré­sentant de ce style. Les cordes sont mon­tées verticalement mais l'instrument repose directement sur le sol plutôt que sur un pié-tement. Sa caisse est courbée et se termine en haut par un enroulement caractéris­tique. Inventé à Vienne à la fin du XVIIIe siècle, le piano-girafe sera populaire dans toute l'Europe jusque dans les années 1860. Autre style mais relevant du même intérêt pour le piano vertical, nous découvrons côte à côte deux instruments élégants : un piano-lyre et un piano-harpe. Conçu pour la première fois vers 1820 et dérivé du piano pyramidal, le piano-lyre ne fut construit que par des facteurs berlinois. Probablement inventé par un certain Sylig, il a été popularisé par le facteilr Johann Christian Schleip qui travailla avec Sylig et reprit son atelier en 1822. Le piano-lyre ex­posé ici est un instrument de Johann Schleip datant de 1840. Le style de ce piano est inspiré de l'époque antique ro­maine mais adapté à la « sauce » napoléo­nienne, style Empire. La décoration est ty­pique avec ses pieds de sphinx ou, comme ici, de lions. Quant au piano-harpe qui trône à ses côtés, c'est un instrument as sez rare signé Dietz. Le cartouche, qui n'est pas d'origine, a été rajouté par le restaurateur Alain Moysan qui a donc très probable­ment restauré cet instrument. Les pianos verticaux sont largement diffusés dans le Berlin de l'époque et la petite bourgeoisie
 
  
      
      
  
 
n'est pas en reste, s'offrant de plus en plus souvent ces instruments moins onéreux que les grands pianos à queue horizontaux. Pourtant, dès les années 1870, ces instru­ments verticaux disparaissent. La mode n'aura été qu'éphémère. Le piano à queue traditionnel a gagné.
Le milieu du XIXe siècle produit de drôles d'instruments. Parmi eux et outre ces pia­nos verticaux, on trouve aussi les pianos portatifs. Ces instruments, moins onéreux et plus facilement transportables, eurent un certain succès auprès des mélomanes aux moyens modestes et de ceux désirant voyager avec leur piano. Apparus dès le XVIIIe siècle, on en trouve dans toutes les époques de la facture instrumentale. La plupart des pianos portatifs offrent un cla­vier de taille normale et peuvent donc être joués comme des instruments tradition­nels. Le musée instrumental de Berlin nous présente un piano « boîte à ouvrage » construit au milieu du XIXe siècle en Allemagne. Conçu très proba­blement pour être
bustesse et pour le fait qu'ils tenaient par­ticulièrement bien l'accord. Autre piano droit et autre philosophie, l'étonnant piano de Cari Heinke (Berlin, vers 1900). Son clavier, reconnaissable s'il en est, est inspiré des recherches du pia­niste hongrois Paul von Jankô. L'instru­ment possède plusieurs claviers les uns par-dessus les autres, placés en terrasses. A mi-chemin entre l'orgue et le piano, ce système était conçu pour permettre de multiples utilisations de l'instrument et une transposition très rapide d'un style à un autre. Cari Heinke, facteur à Berlin dès 1871, a rendu ce procédé populaire avant qu'il ne soit définitivement abandonné. Le début du XXe siècle est représenté dans cette exposition par un magnifique piano Art-Déco conçu par Cari Mand et Joseph Maria Olbrich à Koblenz. Esthétiquement étonnant, il possède en outre une origina­lité : un couvercle s'ouvrant non pas de côté mais par devant et par derrière. Le XXe siècle est également à l'honneur - avec l'un des tout
 
 
placé sur une table lorsque l'on en joue (ce qui renforce la résonance de sa mi­nuscule table d'har­
Le piano devient
un produit de consommation.
premiers pianos électriques, un piano Bechstein de 1932. Cet instrument, sou­vent appelé Néo-
 
  
 
monie en épicéa), il ----------------------
possède un clavier et une mécanique se glissant dans la caisse lorsqu'il n'est pas joué. Les cordes sont montées dans le pro­longement des touches. Sous le clavier se trouve un tiroir où l'utilisateur est censé ranger du matériel de couture. En se rapprochant de la fin du XIXe siècle, les pianos droits et les pianos à queue tra­ditionnels prennent le pas sur les pianos verticaux et sur les pianos carrés. Pour ré­pondre à la demande, les facteurs se concentrent sur la production d'un piano compact et économique. Le piano droit est alors le meilleur compromis. Il devient un produit de consommation. Mais, pour plaire et attirer le client, il faut, là aussi, faire original. Outre les pianos-guéridons, les pianos-bibliothèques, les pianos-secré­taires ou les pianos-buffets, on voit appa­raître de nombreux pianos droits de style. C'est le cas du piano droit d'Emil Làm-merhirt présenté ici. Ce facteur berlinois a conçu des pianos droits à l'esthétique très originale. Ces instruments furent appré­ciés tant pour leur style que pour leur ro-
------------------------ Bechstein, fut éla­boré à l'université de Berlin par le Dr Walter Ernst et construit par la société Sie­mens. La table d'harmonie est remplacée par une série de capteurs électromagné­tiques. Les marteaux sont plus petits et lé­gers, les cordes sont plus minces et moins tendues. Cet instrument, ancêtre des pia­nos électriques, eut un faible succès. Enfin, un piano-bibliothèque modèle « Avantgarde » conçu par Sauter en 1998 et un piano à queue noir brillant modèle B211 des usines Steinway de Hambourg clôturent élégamment cette exposition re­traçant trois siècles de facture allemande, de 1700 à l'an 2000. Si le piano acoustique d'aujourd'hui connaît bien peu de révolu­tions techniques et esthétiques, il est en tout cas le résultat de ces siècles d'artisanat d'art. Cette superbe exposition, initiative qui a enthousiasmé les Berlinois, nous l'a rappelé de bien belle façon. Certains mur­murent déjà qu'une exposition pourrait se monter sur le même principe en France. Trois siècles de facture française. On en rêve déjà. ■
 
  
      
    
  
 
 
  
 
 
  
    
         
  
 
Imaginé par le prince florentin Médicis pour augmenter la
sensibilité artistique du clavecin, et conçu par le génial luthier de Padoue, le pianoforte, objet de critiques plus ou moins élogieuses éveille un grand intérêt, principalement chez les facteurs d'Europe pendant tout le XVIIIème, l'invention est reprise
300 ANS DE
FACTURE DE PIANO
 
  
 
ou améliorée par des maîtres ou des artisans mineurs qui apportent chacun un élément à l'évolution de cet instrument de musique. On peut dire que pendant ce siècle des Lumières, l'Allemagne puis l'Angleterre sont les phares de cette industrie, les Français font leur entrée dans la compétition vers la fin du siècle et à leur tout deviendront maîtres dans l'art du facteur. Marie-Brigitte Duvernoy (A.F.A.R.P.) Photos Michel Piquemal)
 
   
 
Chapitre 2, les 12 Apôtres
  
   
  
 
P eu après le décès de Cristofori, son disciple Giovani Ferrini (c. 1699 -16/01/1758) continue la fabrica­tion des pianofortes et les applica­tions du système de frappe des cordes par des marteaux. Il honore des commandes pour Farinelli et la reine d'Espagne. D'autres facteurs florentins font des re­cherches dans de nouvelles directions, no­tamment Domenico del Mêla (1683 -c.1760) qui construit dès 1735 des pianos verticaux où le clavier est positionné per­pendiculairement au plan de cordes. Ce sont les premiers pianos-pyramides ou pianos pyramidaux, appelés ainsi car leur caisse est très haute afin de conserver la longueur de corde du piano à queue en si­tuation verticale avec deux éclisses incur­vées autour de l'axe de symétrie central. Dans la première moitié du XVIIIe, une dy­nastie domine la facture des pianofortes, celle fondée par les frères Silbermann, cé­lèbres et réputés. Andréas (16/05/1678 -4/08/1753), part s'installer à Strasbourg, il aura treize enfants dont trois seront fac­teurs de pianos. Johann Gottfried Silber­mann (14/01/1683 - 04/08/1753) est ap­prenti chez son frère à Strasbourg puis devient un maître incontesté de la facture d'orgues et de clavecins. Installé en Saxe, il entreprend la construction d'un piano-forte sur le modèle de celui de Cristofori qui a défini le principe complet de la dy-
namique du piano. Après sa publication en 1711, une traduction allemande de la description de Maffei est faite par Matthe-son dans Critica musica en 1725. Johann Gottfried Silbermann s'inspire du croquis du mécanisme Cristofori qui ne men­tionne pas de levier intermédiaire ou faux marteaux et d'attrape. Ces premiers ins­truments présentent l'inconvénient que lui reproche vers 1733, Jean Sébastien Bach (2) grand adepte du clavicorde, le trouvant faible dans les aigus et lourd au toucher. Dans son atelier, Silbermann retourne et repositionne les éléments du mécanisme Cristofori. On lui doit ainsi la première mécanique à poussoir « Stosszungenme-chanik » qui est installée à l'intérieur d'un corps de clavecin dont la décoration est très sobre. Le clavier se présente encore avec les marches en ébène et les feintes en ivoire ou en os. Le processus de généra­tion du son se présente ainsi : venant du clavicorde et du clavecin, il conserve la touche, la corde, le sommier et les ac­croches de corde, le chevalet et la table d'harmonie. Le marteau est monté sur un axe pivotant dans une barre courant sur tout le clavier ; la tête est à l'arrière de la touche. Le poussoir est aménagé sur une mortaise mobile dans la partie arrière de la touche, de manière à débloquer le mar­teau après la frappe. Lors d'une visite chez Frédéric II en 1747, Jean Sébastien Bach a
l'occasion de jouer sur un nouvel instru­ment que Silbermann a amélioré. Il l'ap­précie nettement plus et revient sur sa cri­tique. C'est Joachim Quantz, musicien attaché au service du roi de Prusse, qui le premier trouve une qualité indéniable d'instrument d'accompagnement dans ce pianoforte aux sonorités si variées. Il le mentionne dans son Versuch einer Anwei-sung die Flôte traversiere zu spielen (4) en 1752. Dix ans plus tard, Cari Philipp Ema-nuel Bach le considère comme un instru­ment solo estimé et lui consacre une mé­thode, Versuch iiber die wahre Art das Clavier zu spielen (5).
Certains facteurs ont l'idée de simplifier la « Stosszungenmechanik » pour des raisons économiques et de la monter dans la caisse d'un clavicorde pour des raisons pratiques. Innovation qui est en fait l'as­semblage de deux systèmes. Ce piano sera dénommé piano carré, bien qu'il soit de forme rectangulaire, et la mécanique « Stossmechanik ». Les plus anciens exem­plaires parvenus jusqu'à nous datent des années 1740-50. (Socher 1742, Bavière et Silbermann 1749, Strasbourg). Un élève de Johann Gottfried Silbermann, Chris­tian Ernst Friederici (8/03/1709 -4/05/1780), également installé en Saxe, se distingue par la qualité de ses clavicordes et surtout de ses pianos-pyramides parve­nus jusqu'à nous, qu'il construit vers 1750,
 
  
         
     
  
 
Le fameux pianoforte de Pascal Taskin (Paris, 1787 ). Cet instrument est exposé au Musée Instrumental de Berlin
 
 
s'inspirant des premiers du genre et contri­buant à l'implantation de ce style d'instru­ments dans le nord de l'Europe. Les premières communautés de facteurs qui s'intéressent au pianoforte sont alle­mandes, suisses, hollandaises et anglaises. Nous avons affaire à une corporation pro­fessionnelle, qui est en contact avec des ar­tistes comme Jean Sébastien Bach et Jo­hann Quantz dont les recherches en écriture musicale et en interprétation amè­nent des échanges féconds. Les recherches sur les tempéraments égaux aboutissent au milieu du XVIIIe siècle et rendent ca­duques les clavicordes liés. Le toucher du pianoforte apporte des nouvelles sensibili­tés et expressions en opposition avec la ré­gularité requise pour jouer du clavicorde. Cet art nouveau demande une maîtrise nouvelle et offre des sonorités inédites. Pourtant, vers 1750, pour le pianoforte, la partie est loin d'être gagnée car il s'agit en­core de fabrications isolées qui intéressent un cercle restreint de connaisseurs. Le cla­vecin et le clavicorde non lié sont encore les instruments largement plébiscités par les musiciens contemporains. De plus, en Allemagne, l'essor de cette nouveauté qu'est le pianoforte connaît une rupture pour plusieurs raisons : en 1753, le facteur Johann Gottfried Silbermann décède, et en 1756, la Saxe et la Silésie sont le théâtre de violents combats qui opposent les par-
tisans d'alliances qui se font et défont au gré des intérêts de chaque puissance, créant des situations instables dans le nord de l'Europe.
Les affinités culturelles et la communauté de confession expliqueraient en partie le choix de l'Angleterre, pour beaucoup d'Allemands, comme destination pour fuir cette guerre de sept ans. Les exilés de toutes provenances font de l'Angleterre un centre d'échanges et d'industries prospères où, depuis 1714, les souverains sont d'ori­gine allemande (6), la succession revenant aux électeurs de Hanovre. Dans les an­nées 1760 à 1770, un groupe de facteurs de pianofortes, pour la plupart anciens ou­vriers de Johann Gottfried Silbermann, partent s'installer à Londres et ses envi­rons. On les nomme les Douze Apôtres et ils sont à l'origine du fabuleux développe­ment du pianoforte dans la seconde moi­tié du xviiie siècle. Les plus connus sont
Americus Backers, d'origine hollandaise, Johann Christoph Zumpe (? - 1783), Jo­hann Lorenz Geib, Christopher Ganer, Gabriel Buntebart, ami de Jean Chrétien Bach, et Johannes Pohlmann (7). Johann Zumpe arrive le premier en 1760 et vient travailler chez Burkart Tshudi ou Shudi (13/03/1702 -19/08/1773), grand maître en matière de facture d'orgues, clavecins et clavicordes d'origine suisse, installé en 1728 dans le quartier de Soho à Londres. Johann Zumpe met au point une méca­nique directement inspirée de celle de Sil­bermann (donc de Cristofori) mais très simplifiée, appelée la mécanique à simple pilote. Le marteau est propulsé vers la corde par un pilote fixé sur la partie ar­rière de la touche.
Un jeune Ecossais nommé John Broad-wood (6/10/1732 - 17/07/1812) vient tra­vailler chez Shudi en 1761. Il épouse Bar­bara Shudi en 1769 et la firme Shudi -
 
  
     
     
  
 
300 ANS
DE FACTURE DE PIANO
 
  
 
Broadwood devient la plus grosse entre­prise de fabrication de pianos en Angle­terre. Dès 1763, Americus Backers s'installe seul puis va travailler chez Broadwood. Tous ces facteurs se livrent à une compéti­tion pour améliorer le pianoforte, mais ils travaillent aussi en association et un nombre impressionnant de mécanismes dé­rivés de la Stosszungenmechanik verra le jour. Zumpe et Buntebart se spécialisent dans les petits pianos carrés et inondent l'Europe de cette prolifique production qui rencontre un vif succès. Ils parfont la méca­nique de Zumpe par l'ajout d'une bascule intermédiaire entre le pilote et le marteau (faux marteaux) qui s'appelle « second ac­tion » ou mécanique à double pilote. Broad­wood et Backers mettent ensemble au point la mécanique anglaise pour piano à queue, « English grand action », en 1772, en asso­ciation avec un autre accordeur anglais de Broadwood, Robert Stodart. Cette méca­nique sera employée pendant près d'un siècle par de nombreux facteurs. En 1783, Broadwood enregistre le brevet des étouf-foirs sous les cordes « underdampers ». Trois ans plus tard, Johann Geib, employé chez Longmann & Broderip, négociants et revendeurs de pianofortes, brevette la mé­canique « English double action » qui intro­duit la notion d'échappement réglable « grasshoper » combiné avec le levier inter­médiaire que l'on avait chez Cristofori. D'autres points importants de l'évolution du piano prennent consistance en Angle­terre à cette période comme l'augmenta­tion de la tessiture des claviers, le revête­ment blanc pour les marches et noir pour les feintes ou encore les cordes triplées dans les registres médiums aigus. Les pre­miers renforts métalliques apparaissent sous forme d'arceaux (Americus Backers 1772) fixés par-dessus le fossé (point de frappe) des pianos à queue. Tous ces ate­liers et commerces sont florissants grâce à une demande croissante et l'intérêt des in­terprètes pour le pianoforte. En 1762, Jean Chrétien Bach, qui a une prédilection pour cet instrument, émigré à Londres. Dès 1767, il joue en récital sur un instru­ment de Zumpe et il devient alors courant de proposer dans les concerts une pièce de pianoforte solo, interprétée par des musi­ciens de haut niveau. Pendant l'expansion de la facture anglaise, les musiciens du centre de l'Europe, et particulièrement d'Autriche, adoptent le pianoforte sous une forme légèrement dif-
 
 
férente.
Les aménagements du mécanisme Cristo­fori par Johann Andréas Silbermann (24/06/1712 - 11/02/1783) installé à Stras­bourg (8) et ses ouvriers, l'ont conduit à faire un essai en inversant la position du marteau sur la touche, la tête étant dirigée vers l'avant. Ce système est repris puis dé-
veloppé par un des apprentis du maître, Johann Andréas Stein d'Augsbourg (6/05/1728 - 29/02/1792). Ainsi naît le se­cond courant de facture de piano. Appelée mécanique viennoise, la « Prell-mechanik » primitive avec peu de pièces en mouvement est de fabrication simple et fiable. Le marteau est « tiré » vers les
 
  
 
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cordes (alors que dans la mécanique an­glaise, il est poussé, « stoss »). On attribue à Johann Andréas Stein la paternité de l'appellation « Flugel », « aile » pour dési­gner les pianofortes. Il est en tout cas à l'origine d'une dynastie de facteurs qui sera le leader de l'école austro-allemande pen­dant le xvilf siècle. Il développe le sys­tème « Prellzungenmechanik », plus éla­boré avec un échappement individuel au bout de chaque touche qui dégage le bec du marteau. Cet aménagement donne beaucoup plus de précision dans la course du marteau. Sa fille Anna-Maria « Nan-nette » Stein (2/01/1769 - 6/01/1833) est une figure importante de la facture de piano. Apprentie chez son père, elle fa­brique, dès l'adolescence, son premier ins­trument.
On lui doit l'ajout de la barre d'attrape qui court le long du clavier et améliore ainsi la Prellzungenmechanik. En association avec son frère, Matthaus Andréas, ils construi­sent de nombreux instruments très prisés par les artistes d'Allemagne et d'Autriche. Ils s'installent à Vienne en 1794 où Nan-nette fonde plus tard une maison renom­mée avec son époux Johann Andréas Strei-cher (13/12/1761 - 25/05/1833) (9). Un autre fils du maître d'Augsbourg, Johann Heinrich Stein (10) s'installe à Vienne et perpétue aussi la facture et le renom de Stein.
Anton Walter (5/02/1752 - 11/04/1826), autre facteur allemand venu à Vienne
avant 1780, apporte son savoir faire pour la mise au point de la Prellzungenmecha­nik, notamment la notion d'attrape indivi­duelle sur la touche. Ses instruments ont été adoptés par Wolfgang Amadeus Mo­zart et, de nos jours, beaucoup d'enregis­trements de ses pièces sont joués sur des copies d'instruments de Walter ou des Walter restaurés. Les facteurs viennois conservent pendant le XVIIIe siècle le cla­vier inversé et les genouillères qui action­nent les registres una corda et forte, les plus couramment utilisés pendant cette période. Les pédales apparaissent en An­gleterre vers 1770, ce qui n'empêche pas Broadwood de déposer le brevet en 1783. Le point commun à ces deux courants de facture est la finition du meuble sobre bien que raffinée des instruments ; les utilisa­teurs appartiennent à toutes les classes so­ciales. L'effort est porté sur les aménage­ments et les inventions pour augmenter les performances de cet instrument. Il doit rester pratique et aisément transportable. La musique est une philosophie, elle trans­cende l'instrument.
D'autres facteurs mettent au point des mé­canismes particuliers qui dureront le temps de l'exploitation du créateur de ses descendants ou de quelques disciples. La famille Schmahl, installée en Souabe, construit ses pianos avec une mécanique inspirée des modèles de Schrôter. Nom­mée anglo-allemande pour sa parenté avec les deux systèmes précédents, elle
allie force de frappe et délicatesse du tou­cher. A partir de 1760, les autres pays eu­ropéens ne tardent pas à produire des pia­nofortes : la Hollande, la Suisse, l'Espagne dont la reine Elisabeth Farnese fait construire ses instruments sur le modèle Cristofori et le Portugal où les facteurs conservent aussi la mécanique originale du Florentin. Aux Etats-Unis, c'est en 1770 que Brent s'installe à Philadelphie (11), puis la famille Astor originaire de Heidel-berg se fixe à New York en 1789 après une activité à Londres. En France, les pre­mières installations se font dans l'Est. D'abord à Strasbourg où les ateliers Sil-bermann (12) accueillent des apprentis de toutes nationalités. Le jeune Sébastien Erard (5/04 /1752 - 5/08/1831) dont la fa­mille appartient à la corporation des ébé­nistes présente un don certain pour la mé­canique et le dessin, il est remarqué par ses professeurs. Dans son environnement, il a pris connaissance de la nouveauté du pianoforte. Lors du décès de son père, il se rend en 1768 à Paris et trouve une place chez un facteur de clavecin. La France est restée très attachée au clavecin et ses ors, la musique étant un divertissement noble. Dans la capitale, à cette époque, l'installa­tion de facteurs de pianoforte a été retar­dée par les mésaventures de Jean Marius et le blocage de la communauté des fai­seurs d'instruments. Pour détourner cet état de fait, les marchands de musique s'orientent vers la revente des productions
 
  
     
     
  
 
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met à disposition un atelier, il élabore son premier pianoforte en 1777. Il réalise en­suite le clavecin mécanique qui lui vaut l'admiration des grands (14). Attaqué par la corporation, il obtient en 1785 un brevet du roi Louis XVI, qui protège son activité et lui permet de se développer d'une ma­nière considérable. La reine Marie-Antoi­nette lui commande un pianoforte en 1787, il met au point à cette occasion le clavier transpositeur. En 1788, il s'associe avec son frère Jean-Baptiste et fonde la cé­lèbre firme à la renommée internationale. Entre 1790 et 1800, la Révolution fran­çaise redistribue la donne en sonnant le glas du clavecin, symbole de la noblesse. Le piano a donc tout l'avenir devant lui. A la fin du XVHF siècle, les facteurs de pia­noforte ont inventé un nombre impres­sionnant de combinaisons de positionne­ment du mécanisme dans le piano. Les présentations diverses du piano (à queue, carré, pyramide, droit) ont été envisagées. L'instrument se mettra en place définitive­ment au siècle suivant. Sébastien Erard part en Angleterre en 1792 et ouvre une succursale, puis revient en France en 1796 où il fabrique des pianos en forme de cla­vecin dotés d'une mécanique à échappe­ment. Travailleur passionné et infatigable, il met lentement au point les innovations qui révolutionneront le piano au XIXe siècle. Le génie de Sébastien Erard attisé par l'émulation de tous ces ateliers féconds concevra la formule 1 du mécanisme, aboutissement des recherches du siècle précédent. Les grands facteurs français, particulièrement Pape et Pleyel, le sui­vront dans la grande aventure du piano.B