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René Di Rollo, rappelons le, collabore bénévolement au sein de l'association Musiques Vivantes. Il répond gracieusement à vos questions et est toujours prêt à vous aider, au même titre que des dizaine d'autres professionnels qui se sont investis à titre personnels et pour qui il n'y a plus de barrière ou de différence entre vie personnelle et vie professionnelle. Rappelons par exemple que Jean Jacques Trinques en plus de son métier d'accordeur à Carcassonne et à Foix a écrit un ouvrage remarquable sur la maison Pleyel et a été l'instigateur (pour ne pas dire le créateur) du Musée du piano à Limoux, comme d'autres ont oeuvré à des traductions d'ouvrages ou passé énormément de temps à des travaux musicologiques, sans que leurs noms soient forcément cités d'ailleurs.

René Di Rollo travaille dans une société, Accord Atelier Restauration de Pianos (AARP) (ex Piano Croix-Rousse) à Caluire (Lyon) depuis plus de trente ans. Cette société nous aide tout particulièrement et est sans doute l'une des plus sérieuses sur le marché. Il est normal que nous lui fassions un petit coup de publicité, sans forcément non plus être exclusif des autres. Cette société vient de mettre en ligne son site, vous pouvez aller le consulter.

 
Musée intrumental de Berlin mars décembre 2000 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Administrateur du site   
01-04-2006
Le musée instrumental de Berlin avait proposé de mars à décembre 2000 une exposition unique une exposition unique retraçant la facture pianistique depuis  1700 à nos jours. Piano Magazine avait consacré une série de reportages dans ses numéros 20 à 24 (janvier- février 2001 à septembre-octobre 2001) enrichis de commentaires de Marie-Brigitte Duvernoy (A.F.A.R.P). Nous n'avons pas pu retranscrire le premier reportage, consacré de toute façon à la facture allemande des années 1700 à 1830, mais vous trouverez dans ces 30 pages une rétrospective nous l'espérons intéressante. Utilisez l'option "imprimer" pour visualiser correctement le document.
   
 
 
   
               
  
 
TRICENTENAIRE
 
  
 
Le Musée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
  
 
L'an 2000 a été l'objet de nombreuses célébrations. Parmi elles, plus discrète, la célébration du tricentenaire de la facture de piano a été fêtée par les spécialistes du monde entier. Et le Musée instru­mental de Berlin a proposé de mars à décembre 2000 une exposi­tion unique retraçant la facture allemande de ces trois siècles. Après un premier volet consacré aux pianos des années 1700 aux années 1830 (Piano, le magazine n°20, page 22), la facture allemande de la seconde moitié du XIXe siècle à la fin du XXe siècle est
 
  
 
Photos Michel Piquemal
 
  
 
À gauche, le pianoforte
conçu par la maison
Heinrich Kisting
& fils en 1837.
Ci-dessous,
un piano Blùthner
de 1862 avec
« Patentmechanik ».
 
  
 
aujourd'hui à l'honneur dans ce
E n 1984, le Musée instrumental de Berlin s'installe dans les locaux de la prestigieuse Philharmonie. Dix ans plus tard, Konstantin Restle prend la direction du musée. Musi­cologue et facteur amateur, il est à l'ori­gine de cette exposition exceptionnelle qui a réuni, de mars à décembre 2000, des dizaines d'instruments retraçant la facture allemande de 1700 à nos jours. Des pianos venant de musées et de collections parti­culières du monde entier lui ont été prêtés à cette occasion.
Au milieu du XIXe siècle, le piano a déjà connu les plus grandes révolutions. Le mécanisme employant des marteaux pour frapper les cordes est largement utilisé et deux mécaniques distinctes dominent le marché du piano : la mécanique anglaise et la mécanique austro-allemande. A la tête de l'école de la mécanique anglaise, la maison Broadwood & Son fournit des ins­truments à la fois plus puissants que ceux pourvus de la mécanique austro-alle­mande et qui conviennent à tous les styles musicaux. Les instruments allemands et viennois possèdent, quant à eux, une so­norité .plus délicate mais répondent, dans une moindre mesure, aux nouveaux im­pératifs de puissance. Alors que les œuvres du mouvement romantique de­mandent à être jouées sur des instruments robustes et que cette concurrence anglaise s'amplifie, les facteurs allemands et autri­chiens lancent eux aussi sur le marché des pianos plus puissants à l'image du fameux pianoforte de Conrad Graf de 1838. Les années 1830 constituent donc bien un tournant dans la facture de piano. Et la seconde moitié du siècle sera riche en per­fectionnements techniques et en innova-
reportage exclusif.
tions esthétiques. La consolidation de l'instrument est alors la première des pré­occupations. Les facteurs ont l'idée d'ajou­ter des étais métalliques placés parallèle­ment aux cordes au-dessus de la table d'harmonie et fixés dans chacun des deux sommiers. Cette solution fut largement adoptée jusque dans les années 1840 avant de céder la place à une idée plus in­génieuse encore : le cadre en fonte. Ce dernier va permettre à l'instrument de supporter une augmentation de la tension des cordes, des marteaux plus gros et des mécaniques plus solides. Le dernier grand progrès technique de cette époque sera l'instauration des cordes croisées, système breveté en 1859 par Steinway. Au début du XIXe siècle, les facteurs de pianos sont peu répandus à Berlin malgré la demande pressante des Allemands. Vienne et Londres sont alors les centres de la facture et, en 1804, ne sont réperto­riés que dix-sept facteurs berlinois. Les guerres napoléoniennes et les mauvaises conditions économiques qui en découlent expliquent vraisemblablement cette faible production. L'Etat prussien chercha dès lors à encourager cet artisanat d'art en lan­çant des expositions académiques tenues tous les deux ans. Les facteurs y partici­pant pouvaient alors porter le titre d'ar­tistes académiques. Dès les années 1820, la facture de piano devient une activité privilégiée et le nombre d'artisans aug­mente de façon notable à Berlin jusqu'à at­teindre plus de 110 facteurs de pianos en 1880 puis bientôt près de 250. Le premier instrument présenté dans notre second chapitre est un pianoforte de la maison Heinrich Kistirg & fils construit verd 1837. Heinrich Kisting est à cette époque le fac-
 
 
Chapitre 2
 
 
 
  
               
   
 
 
  
   
             
  
 
RICENTENAIRE
 
  
 
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Le Musée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
  
 
L'an 2000 a été l'objet de nombreuses célébrations. Parmi elles, plus discrète, la célébration du tricentenaire de la facture de piano a été fêtée par les spécialistes du monde entier. Et le Musée instru­mental de Berlin a proposé de mars à décembre 2000 une exposi­tion unique retraçant la facture allemande de ces trois siècles. Après un premier volet consacré aux pianos des années 1700 aux années 1830 (Piano, le magazine n°20, page 22), la facture allemande de la seconde moitié du XDf siècle à la fin du XXe siècle est
 
 
Photos Michel Piquemal
 
  
 
À gauche, le pianoforte
conçu par la maison
Heinrich Kisting
& fils en 1837.
Ci-dessous,
un piano Blùthner
de 1862 avec
« Patentmechanik ».
 
  
 
il,
aujourd'hui à l'honneur dans ce
E n 1984, le Musée instrumental de Berlin s'installe dans les locaux de la prestigieuse Philharmonie. Dix ans plus tard, Konstantin Restle prend la direction du musée. Musi­cologue et facteur amateur, il est à l'ori­gine de cette exposition exceptionnelle qui a réuni, de mars à décembre 2000, des dizaines d'instruments retraçant la facture allemande de 1700 à nos jours. Des pianos venant de musées et de collections parti­culières du monde entier lui ont été prêtés à cette occasion.
Au milieu du XIXe siècle, le piano a déjà connu les plus grandes révolutions. Le mécanisme employant des marteaux pour frapper les cordes est largement utilisé et deux mécaniques distinctes dominent le marché du piano : la mécanique anglaise et la mécanique austro-allemande. A la tête de l'école de la mécanique anglaise, la maison Broadwood & Son fournit des ins­truments à la fois plus puissants que ceux pourvus de la mécanique austro-alle­mande et qui conviennent à tous les styles musicaux. Les instruments allemands et viennois possèdent, quant à eux, une so­norité -plus délicate mais répondent, dans une moindre mesure, aux nouveaux im­pératifs de puissance. Alors que les œuvres du mouvement romantique de­mandent à être jouées sur des instruments robustes et que cette concurrence anglaise s'amplifie, les facteurs allemands et autri­chiens lancent eux aussi sur le marché des pianos plus puissants à l'image du fameux pianoforte de Conrad Graf de 1838. Les années 1830 constituent donc bien un tournant dans la facture de piano. Et la seconde moitié du siècle sera riche en per­fectionnements techniques et en innova-
reportage exclusif.
tions esthétiques. La consolidation de l'instrument est alors la première des pré­occupations. Les facteurs ont l'idée d'ajou­ter des étais métalliques placés parallèle­ment aux cordes au-dessus de la table d'harmonie et fixés dans chacun des deux sommiers. Cette solution fut largement adoptée jusque dans les années 1840 avant de céder la place à une idée plus in­génieuse encore : le cadre en fonte. Ce dernier va permettre à l'instrument de supporter une augmentation de la tension des cordes, des marteaux plus gros et des mécaniques plus solides. Le dernier grand progrès technique de cette époque sera l'instauration des cordes croisées, système breveté en 1859 par Steinway. Au début du XIXe siècle, les facteurs de pianos sont peu répandus à Berlin malgré la demande pressante des Allemands. Vienne et Londres sont alors les centres de la facture et, en 1804, ne sont réperto­riés que dix-sept facteurs berlinois. Les guerres napoléoniennes et les mauvaises conditions économiques qui en découlent expliquent vraisemblablement cette faible production. L'Etat prussien chercha dès lors à encourager cet artisanat d'art en lan­çant des expositions académiques tenues tous les deux ans. Les facteurs y partici­pant pouvaient alors porter le titre d'ar­tistes académiques. Dès les années 1820, la facture de piano devient une activité privilégiée et le nombre d'artisans aug­mente de façon notable à Berlin jusqu'à at­teindre plus de 110 facteurs de pianos en 1880 puis bientôt près de 250. Le premier instrument présenté dans notre second chapitre est un pianoforte de la maison Heinrich Kistirg & fils construit ver s 1837. Heinrich Kisting est à cette époque le fac-
 
 
Chapitre 2
 
  
 
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facture en 1853. Dès l'année suivante, à l'Exposition industrielle de Munich, ses pianos remportent un tel succès que la re­connaissance internationale est quasi im­médiate. Situé à Leipzig, l'atelier de Bluth-ner emploie déjà plus de 130 ouvriers dans les années 1860. Cet instrument présenté ici est un parfait représentant de l'art du facteur allemand et de son oreille excep­tionnelle. Quelques années plus tard, en 1873, Blùthner fera breveter une invention perpétuée dans ses pianos jusqu'à aujour­d'hui : un système consistant à ajouter une corde supplémentaire aux notes du re­gistre aigu. Accordée à l'unisson, cette corde n'est pas percutée par le marteau mais vibre par sympathie. Il en résulte une
sonorité particulièrement chantante dans le registre aigu.
Autre facteur, autre instrument, un piano-forte imposant de la maison Theodor Stocker trône dans le musée instrumental de Berlin. Doté de la « oberschlâgiger Me-chanik », ce piano, construit au début des années 1860, a la singularité de posséder une mécanique inversée : au lieu de frap­per la corde par le dessous, le marteau la frappe du dessus. Cette méthode sera re­prise ensuite par de nombreux facteurs. Elle possède néanmoins un inconvénient : le marteau doit être relevé par un système particulier pour pouvoir agir de nouveau là où, sur le système inverse, il redescend naturellement selon les lois de la gravité.
 
  
 
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Le Musée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
 
 
  
 
Autre inconvénient avec le marteau de­vant frapper d'en haut : si le mécanisme qui lui permet d'être relevé n'est pas effi­cace, la corde peut être frappée deux fois. Elève d'Heinrich Kisting, Stocker étudia dans ses moindres détails la grande école de la facture de piano. Influencé égale­ment par les inventions de « Nannette » Streicher (Anna Maria Stein, fille du grand facteur Johann Stein et épouse de Johann Andréas Streicher), ce professionnel con­firmé aura une certaine renommée dans le Berlin du milieu du XIXe siècle. Si les révolutions techniques sont peu nom­breuses après 1850, les innovations esthé­tiques sont en revanche très marquées. Le piano est arrivé à son stade mécanique
Les pianos verticaux
sont en vogue
vers 1850.
quasi définitif ; il s'agit maintenant de le rendre original, attrayant, bref d'attirer une clientèle la plus nombreuse et la plus hété­roclite possible grâce à de nouveaux mo­dèles. Les pianos verticaux sont ainsi très appréciés dans l'Allemagne du milieu du XIXe siècle. Les premiers pianos verticaux étaient en général des pianos à queue dont le cadre, les cordes et la table d'harmonie étaient placés verticalement. Leurs cordes
étaient donc d'une certaine longueur, suffi­sante pour produire un timbre digne de celui des pianos à queue horizontaux. Le plus ancien piano vertical retrouvé est un instrument anonyme daté de 1735. Posé verticalement sur un piétement, cet instru­ment est inspiré du fameux clavicytherium. Les cordes des premiers pianos verticaux s'élevaient à partir du clavier et l'espace compris entre le piétement et le sol n'était donc pas utilisé. Au début du XIXe siècle, lorsque les facteurs créèrent à nouveau des pianos verticaux, ils imaginèrent de poser la caisse de l'instrument sur un piétement ré­duit puis directement sur le sol. Les cordes atteignent alors des longueurs intéressantes et tout l'espace possible est utilisé. Les
 
  
       
   
 
 
  
   
      
  
 
usée instrumental de Berlin célèbre 300 ans de facture
 
  
 
un piano « boîte à ouvrage vers 1850).
grands pianos verticaux Se divisent essen­tiellement en quatre catégories : le piano pyramidal, le piano-cabinet (instrument très haut et rectangulaire), le piano-girafe (sa caisse est de forme courbée, reprenant un peu la forme originale du piano à queue mais en hauteur) et le piano-lyre. L'exposi­tion de Berlin nous offre un superbe piano pyramidal datant des années 1770 et conçu par un facteur allemand anonyme. Cet ins­trument annonce, en quelque sorte, les pia­nos-lyre, pianos-girafe et autres bizarreries produits en nombre au milieu du XIXe siècle. Un peu plus loin, un étonnant piano-girafe nous est présenté. Conçu en 1840
En 1880, Berlin
compte plus de 110
facteurs de piano.
 
 
par Johann Millier, il est un parfait repré­sentant de ce style. Les cordes sont mon­tées verticalement mais l'instrument repose directement sur le sol plutôt que sur un pié-tement. Sa caisse est courbée et se termine en haut par un enroulement caractéris­tique. Inventé à Vienne à la fin du XVIIIe siècle, le piano-girafe sera populaire dans toute l'Europe jusque dans les années 1860. Autre style mais relevant du même intérêt pour le piano vertical, nous découvrons côte à côte deux instruments élégants : un piano-lyre et un piano-harpe. Conçu pour la première fois vers 1820 et dérivé du piano pyramidal, le piano-lyre ne fut construit que par des facteurs berlinois. Probablement inventé par un certain Sylig, il a été popularisé par le facteilr Johann Christian Schleip qui travailla avec Sylig et reprit son atelier en 1822. Le piano-lyre ex­posé ici est un instrument de Johann Schleip datant de 1840. Le style de ce piano est inspiré de l'époque antique ro­maine mais adapté à la « sauce » napoléo­nienne, style Empire. La décoration est ty­pique avec ses pieds de sphinx ou, comme ici, de lions. Quant au piano-harpe qui trône à ses côtés, c'est un instrument as sez rare signé Dietz. Le cartouche, qui n'est pas d'origine, a été rajouté par le restaurateur Alain Moysan qui a donc très probable­ment restauré cet instrument. Les pianos verticaux sont largement diffusés dans le Berlin de l'époque et la petite bourgeoisie
 
  
      
      
  
 
n'est pas en reste, s'offrant de plus en plus souvent ces instruments moins onéreux que les grands pianos à queue horizontaux. Pourtant, dès les années 1870, ces instru­ments verticaux disparaissent. La mode n'aura été qu'éphémère. Le piano à queue traditionnel a gagné.
Le milieu du XIXe siècle produit de drôles d'instruments. Parmi eux et outre ces pia­nos verticaux, on trouve aussi les pianos portatifs. Ces instruments, moins onéreux et plus facilement transportables, eurent un certain succès auprès des mélomanes aux moyens modestes et de ceux désirant voyager avec leur piano. Apparus dès le XVIIIe siècle, on en trouve dans toutes les époques de la facture instrumentale. La plupart des pianos portatifs offrent un cla­vier de taille normale et peuvent donc être joués comme des instruments tradition­nels. Le musée instrumental de Berlin nous présente un piano « boîte à ouvrage » construit au milieu du XIXe siècle en Allemagne. Conçu très proba­blement pour être
bustesse et pour le fait qu'ils tenaient par­ticulièrement bien l'accord. Autre piano droit et autre philosophie, l'étonnant piano de Cari Heinke (Berlin, vers 1900). Son clavier, reconnaissable s'il en est, est inspiré des recherches du pia­niste hongrois Paul von Jankô. L'instru­ment possède plusieurs claviers les uns par-dessus les autres, placés en terrasses. A mi-chemin entre l'orgue et le piano, ce système était conçu pour permettre de multiples utilisations de l'instrument et une transposition très rapide d'un style à un autre. Cari Heinke, facteur à Berlin dès 1871, a rendu ce procédé populaire avant qu'il ne soit définitivement abandonné. Le début du XXe siècle est représenté dans cette exposition par un magnifique piano Art-Déco conçu par Cari Mand et Joseph Maria Olbrich à Koblenz. Esthétiquement étonnant, il possède en outre une origina­lité : un couvercle s'ouvrant non pas de côté mais par devant et par derrière. Le XXe siècle est également à l'honneur - avec l'un des tout
 
 
placé sur une table lorsque l'on en joue (ce qui renforce la résonance de sa mi­nuscule table d'har­
Le piano devient
un produit de consommation.
premiers pianos électriques, un piano Bechstein de 1932. Cet instrument, sou­vent appelé Néo-
 
  
 
monie en épicéa), il ----------------------
possède un clavier et une mécanique se glissant dans la caisse lorsqu'il n'est pas joué. Les cordes sont montées dans le pro­longement des touches. Sous le clavier se trouve un tiroir où l'utilisateur est censé ranger du matériel de couture. En se rapprochant de la fin du XIXe siècle, les pianos droits et les pianos à queue tra­ditionnels prennent le pas sur les pianos verticaux et sur les pianos carrés. Pour ré­pondre à la demande, les facteurs se concentrent sur la production d'un piano compact et économique. Le piano droit est alors le meilleur compromis. Il devient un produit de consommation. Mais, pour plaire et attirer le client, il faut, là aussi, faire original. Outre les pianos-guéridons, les pianos-bibliothèques, les pianos-secré­taires ou les pianos-buffets, on voit appa­raître de nombreux pianos droits de style. C'est le cas du piano droit d'Emil Làm-merhirt présenté ici. Ce facteur berlinois a conçu des pianos droits à l'esthétique très originale. Ces instruments furent appré­ciés tant pour leur style que pour leur ro-
------------------------ Bechstein, fut éla­boré à l'université de Berlin par le Dr Walter Ernst et construit par la société Sie­mens. La table d'harmonie est remplacée par une série de capteurs électromagné­tiques. Les marteaux sont plus petits et lé­gers, les cordes sont plus minces et moins tendues. Cet instrument, ancêtre des pia­nos électriques, eut un faible succès. Enfin, un piano-bibliothèque modèle « Avantgarde » conçu par Sauter en 1998 et un piano à queue noir brillant modèle B211 des usines Steinway de Hambourg clôturent élégamment cette exposition re­traçant trois siècles de facture allemande, de 1700 à l'an 2000. Si le piano acoustique d'aujourd'hui connaît bien peu de révolu­tions techniques et esthétiques, il est en tout cas le résultat de ces siècles d'artisanat d'art. Cette superbe exposition, initiative qui a enthousiasmé les Berlinois, nous l'a rappelé de bien belle façon. Certains mur­murent déjà qu'une exposition pourrait se monter sur le même principe en France. Trois siècles de facture française. On en rêve déjà. ■
 
  
      
    
  
 
 
  
 
 
  
    
         
  
 
Imaginé par le prince florentin Médicis pour augmenter la
sensibilité artistique du clavecin, et conçu par le génial luthier de Padoue, le pianoforte, objet de critiques plus ou moins élogieuses éveille un grand intérêt, principalement chez les facteurs d'Europe pendant tout le XVIIIème, l'invention est reprise
300 ANS DE
FACTURE DE PIANO
 
  
 
ou améliorée par des maîtres ou des artisans mineurs qui apportent chacun un élément à l'évolution de cet instrument de musique. On peut dire que pendant ce siècle des Lumières, l'Allemagne puis l'Angleterre sont les phares de cette industrie, les Français font leur entrée dans la compétition vers la fin du siècle et à leur tout deviendront maîtres dans l'art du facteur. Marie-Brigitte Duvernoy (A.F.A.R.P.) Photos Michel Piquemal)
 
   
 
Chapitre 2, les 12 Apôtres
  
   
  
 
P eu après le décès de Cristofori, son disciple Giovani Ferrini (c. 1699 -16/01/1758) continue la fabrica­tion des pianofortes et les applica­tions du système de frappe des cordes par des marteaux. Il honore des commandes pour Farinelli et la reine d'Espagne. D'autres facteurs florentins font des re­cherches dans de nouvelles directions, no­tamment Domenico del Mêla (1683 -c.1760) qui construit dès 1735 des pianos verticaux où le clavier est positionné per­pendiculairement au plan de cordes. Ce sont les premiers pianos-pyramides ou pianos pyramidaux, appelés ainsi car leur caisse est très haute afin de conserver la longueur de corde du piano à queue en si­tuation verticale avec deux éclisses incur­vées autour de l'axe de symétrie central. Dans la première moitié du XVIIIe, une dy­nastie domine la facture des pianofortes, celle fondée par les frères Silbermann, cé­lèbres et réputés. Andréas (16/05/1678 -4/08/1753), part s'installer à Strasbourg, il aura treize enfants dont trois seront fac­teurs de pianos. Johann Gottfried Silber­mann (14/01/1683 - 04/08/1753) est ap­prenti chez son frère à Strasbourg puis devient un maître incontesté de la facture d'orgues et de clavecins. Installé en Saxe, il entreprend la construction d'un piano-forte sur le modèle de celui de Cristofori qui a défini le principe complet de la dy-
namique du piano. Après sa publication en 1711, une traduction allemande de la description de Maffei est faite par Matthe-son dans Critica musica en 1725. Johann Gottfried Silbermann s'inspire du croquis du mécanisme Cristofori qui ne men­tionne pas de levier intermédiaire ou faux marteaux et d'attrape. Ces premiers ins­truments présentent l'inconvénient que lui reproche vers 1733, Jean Sébastien Bach (2) grand adepte du clavicorde, le trouvant faible dans les aigus et lourd au toucher. Dans son atelier, Silbermann retourne et repositionne les éléments du mécanisme Cristofori. On lui doit ainsi la première mécanique à poussoir « Stosszungenme-chanik » qui est installée à l'intérieur d'un corps de clavecin dont la décoration est très sobre. Le clavier se présente encore avec les marches en ébène et les feintes en ivoire ou en os. Le processus de généra­tion du son se présente ainsi : venant du clavicorde et du clavecin, il conserve la touche, la corde, le sommier et les ac­croches de corde, le chevalet et la table d'harmonie. Le marteau est monté sur un axe pivotant dans une barre courant sur tout le clavier ; la tête est à l'arrière de la touche. Le poussoir est aménagé sur une mortaise mobile dans la partie arrière de la touche, de manière à débloquer le mar­teau après la frappe. Lors d'une visite chez Frédéric II en 1747, Jean Sébastien Bach a
l'occasion de jouer sur un nouvel instru­ment que Silbermann a amélioré. Il l'ap­précie nettement plus et revient sur sa cri­tique. C'est Joachim Quantz, musicien attaché au service du roi de Prusse, qui le premier trouve une qualité indéniable d'instrument d'accompagnement dans ce pianoforte aux sonorités si variées. Il le mentionne dans son Versuch einer Anwei-sung die Flôte traversiere zu spielen (4) en 1752. Dix ans plus tard, Cari Philipp Ema-nuel Bach le considère comme un instru­ment solo estimé et lui consacre une mé­thode, Versuch iiber die wahre Art das Clavier zu spielen (5).
Certains facteurs ont l'idée de simplifier la « Stosszungenmechanik » pour des raisons économiques et de la monter dans la caisse d'un clavicorde pour des raisons pratiques. Innovation qui est en fait l'as­semblage de deux systèmes. Ce piano sera dénommé piano carré, bien qu'il soit de forme rectangulaire, et la mécanique « Stossmechanik ». Les plus anciens exem­plaires parvenus jusqu'à nous datent des années 1740-50. (Socher 1742, Bavière et Silbermann 1749, Strasbourg). Un élève de Johann Gottfried Silbermann, Chris­tian Ernst Friederici (8/03/1709 -4/05/1780), également installé en Saxe, se distingue par la qualité de ses clavicordes et surtout de ses pianos-pyramides parve­nus jusqu'à nous, qu'il construit vers 1750,
 
  
         
     
  
 
Le fameux pianoforte de Pascal Taskin (Paris, 1787 ). Cet instrument est exposé au Musée Instrumental de Berlin
 
 
s'inspirant des premiers du genre et contri­buant à l'implantation de ce style d'instru­ments dans le nord de l'Europe. Les premières communautés de facteurs qui s'intéressent au pianoforte sont alle­mandes, suisses, hollandaises et anglaises. Nous avons affaire à une corporation pro­fessionnelle, qui est en contact avec des ar­tistes comme Jean Sébastien Bach et Jo­hann Quantz dont les recherches en écriture musicale et en interprétation amè­nent des échanges féconds. Les recherches sur les tempéraments égaux aboutissent au milieu du XVIIIe siècle et rendent ca­duques les clavicordes liés. Le toucher du pianoforte apporte des nouvelles sensibili­tés et expressions en opposition avec la ré­gularité requise pour jouer du clavicorde. Cet art nouveau demande une maîtrise nouvelle et offre des sonorités inédites. Pourtant, vers 1750, pour le pianoforte, la partie est loin d'être gagnée car il s'agit en­core de fabrications isolées qui intéressent un cercle restreint de connaisseurs. Le cla­vecin et le clavicorde non lié sont encore les instruments largement plébiscités par les musiciens contemporains. De plus, en Allemagne, l'essor de cette nouveauté qu'est le pianoforte connaît une rupture pour plusieurs raisons : en 1753, le facteur Johann Gottfried Silbermann décède, et en 1756, la Saxe et la Silésie sont le théâtre de violents combats qui opposent les par-
tisans d'alliances qui se font et défont au gré des intérêts de chaque puissance, créant des situations instables dans le nord de l'Europe.
Les affinités culturelles et la communauté de confession expliqueraient en partie le choix de l'Angleterre, pour beaucoup d'Allemands, comme destination pour fuir cette guerre de sept ans. Les exilés de toutes provenances font de l'Angleterre un centre d'échanges et d'industries prospères où, depuis 1714, les souverains sont d'ori­gine allemande (6), la succession revenant aux électeurs de Hanovre. Dans les an­nées 1760 à 1770, un groupe de facteurs de pianofortes, pour la plupart anciens ou­vriers de Johann Gottfried Silbermann, partent s'installer à Londres et ses envi­rons. On les nomme les Douze Apôtres et ils sont à l'origine du fabuleux développe­ment du pianoforte dans la seconde moi­tié du xviiie siècle. Les plus connus sont
Americus Backers, d'origine hollandaise, Johann Christoph Zumpe (? - 1783), Jo­hann Lorenz Geib, Christopher Ganer, Gabriel Buntebart, ami de Jean Chrétien Bach, et Johannes Pohlmann (7). Johann Zumpe arrive le premier en 1760 et vient travailler chez Burkart Tshudi ou Shudi (13/03/1702 -19/08/1773), grand maître en matière de facture d'orgues, clavecins et clavicordes d'origine suisse, installé en 1728 dans le quartier de Soho à Londres. Johann Zumpe met au point une méca­nique directement inspirée de celle de Sil­bermann (donc de Cristofori) mais très simplifiée, appelée la mécanique à simple pilote. Le marteau est propulsé vers la corde par un pilote fixé sur la partie ar­rière de la touche.
Un jeune Ecossais nommé John Broad-wood (6/10/1732 - 17/07/1812) vient tra­vailler chez Shudi en 1761. Il épouse Bar­bara Shudi en 1769 et la firme Shudi -
 
  
     
     
  
 
300 ANS
DE FACTURE DE PIANO
 
  
 
Broadwood devient la plus grosse entre­prise de fabrication de pianos en Angle­terre. Dès 1763, Americus Backers s'installe seul puis va travailler chez Broadwood. Tous ces facteurs se livrent à une compéti­tion pour améliorer le pianoforte, mais ils travaillent aussi en association et un nombre impressionnant de mécanismes dé­rivés de la Stosszungenmechanik verra le jour. Zumpe et Buntebart se spécialisent dans les petits pianos carrés et inondent l'Europe de cette prolifique production qui rencontre un vif succès. Ils parfont la méca­nique de Zumpe par l'ajout d'une bascule intermédiaire entre le pilote et le marteau (faux marteaux) qui s'appelle « second ac­tion » ou mécanique à double pilote. Broad­wood et Backers mettent ensemble au point la mécanique anglaise pour piano à queue, « English grand action », en 1772, en asso­ciation avec un autre accordeur anglais de Broadwood, Robert Stodart. Cette méca­nique sera employée pendant près d'un siècle par de nombreux facteurs. En 1783, Broadwood enregistre le brevet des étouf-foirs sous les cordes « underdampers ». Trois ans plus tard, Johann Geib, employé chez Longmann & Broderip, négociants et revendeurs de pianofortes, brevette la mé­canique « English double action » qui intro­duit la notion d'échappement réglable « grasshoper » combiné avec le levier inter­médiaire que l'on avait chez Cristofori. D'autres points importants de l'évolution du piano prennent consistance en Angle­terre à cette période comme l'augmenta­tion de la tessiture des claviers, le revête­ment blanc pour les marches et noir pour les feintes ou encore les cordes triplées dans les registres médiums aigus. Les pre­miers renforts métalliques apparaissent sous forme d'arceaux (Americus Backers 1772) fixés par-dessus le fossé (point de frappe) des pianos à queue. Tous ces ate­liers et commerces sont florissants grâce à une demande croissante et l'intérêt des in­terprètes pour le pianoforte. En 1762, Jean Chrétien Bach, qui a une prédilection pour cet instrument, émigré à Londres. Dès 1767, il joue en récital sur un instru­ment de Zumpe et il devient alors courant de proposer dans les concerts une pièce de pianoforte solo, interprétée par des musi­ciens de haut niveau. Pendant l'expansion de la facture anglaise, les musiciens du centre de l'Europe, et particulièrement d'Autriche, adoptent le pianoforte sous une forme légèrement dif-
 
 
férente.
Les aménagements du mécanisme Cristo­fori par Johann Andréas Silbermann (24/06/1712 - 11/02/1783) installé à Stras­bourg (8) et ses ouvriers, l'ont conduit à faire un essai en inversant la position du marteau sur la touche, la tête étant dirigée vers l'avant. Ce système est repris puis dé-
veloppé par un des apprentis du maître, Johann Andréas Stein d'Augsbourg (6/05/1728 - 29/02/1792). Ainsi naît le se­cond courant de facture de piano. Appelée mécanique viennoise, la « Prell-mechanik » primitive avec peu de pièces en mouvement est de fabrication simple et fiable. Le marteau est « tiré » vers les
 
  
 
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cordes (alors que dans la mécanique an­glaise, il est poussé, « stoss »). On attribue à Johann Andréas Stein la paternité de l'appellation « Flugel », « aile » pour dési­gner les pianofortes. Il est en tout cas à l'origine d'une dynastie de facteurs qui sera le leader de l'école austro-allemande pen­dant le xvilf siècle. Il développe le sys­tème « Prellzungenmechanik », plus éla­boré avec un échappement individuel au bout de chaque touche qui dégage le bec du marteau. Cet aménagement donne beaucoup plus de précision dans la course du marteau. Sa fille Anna-Maria « Nan-nette » Stein (2/01/1769 - 6/01/1833) est une figure importante de la facture de piano. Apprentie chez son père, elle fa­brique, dès l'adolescence, son premier ins­trument.
On lui doit l'ajout de la barre d'attrape qui court le long du clavier et améliore ainsi la Prellzungenmechanik. En association avec son frère, Matthaus Andréas, ils construi­sent de nombreux instruments très prisés par les artistes d'Allemagne et d'Autriche. Ils s'installent à Vienne en 1794 où Nan-nette fonde plus tard une maison renom­mée avec son époux Johann Andréas Strei-cher (13/12/1761 - 25/05/1833) (9). Un autre fils du maître d'Augsbourg, Johann Heinrich Stein (10) s'installe à Vienne et perpétue aussi la facture et le renom de Stein.
Anton Walter (5/02/1752 - 11/04/1826), autre facteur allemand venu à Vienne
avant 1780, apporte son savoir faire pour la mise au point de la Prellzungenmecha­nik, notamment la notion d'attrape indivi­duelle sur la touche. Ses instruments ont été adoptés par Wolfgang Amadeus Mo­zart et, de nos jours, beaucoup d'enregis­trements de ses pièces sont joués sur des copies d'instruments de Walter ou des Walter restaurés. Les facteurs viennois conservent pendant le XVIIIe siècle le cla­vier inversé et les genouillères qui action­nent les registres una corda et forte, les plus couramment utilisés pendant cette période. Les pédales apparaissent en An­gleterre vers 1770, ce qui n'empêche pas Broadwood de déposer le brevet en 1783. Le point commun à ces deux courants de facture est la finition du meuble sobre bien que raffinée des instruments ; les utilisa­teurs appartiennent à toutes les classes so­ciales. L'effort est porté sur les aménage­ments et les inventions pour augmenter les performances de cet instrument. Il doit rester pratique et aisément transportable. La musique est une philosophie, elle trans­cende l'instrument.
D'autres facteurs mettent au point des mé­canismes particuliers qui dureront le temps de l'exploitation du créateur de ses descendants ou de quelques disciples. La famille Schmahl, installée en Souabe, construit ses pianos avec une mécanique inspirée des modèles de Schrôter. Nom­mée anglo-allemande pour sa parenté avec les deux systèmes précédents, elle
allie force de frappe et délicatesse du tou­cher. A partir de 1760, les autres pays eu­ropéens ne tardent pas à produire des pia­nofortes : la Hollande, la Suisse, l'Espagne dont la reine Elisabeth Farnese fait construire ses instruments sur le modèle Cristofori et le Portugal où les facteurs conservent aussi la mécanique originale du Florentin. Aux Etats-Unis, c'est en 1770 que Brent s'installe à Philadelphie (11), puis la famille Astor originaire de Heidel-berg se fixe à New York en 1789 après une activité à Londres. En France, les pre­mières installations se font dans l'Est. D'abord à Strasbourg où les ateliers Sil-bermann (12) accueillent des apprentis de toutes nationalités. Le jeune Sébastien Erard (5/04 /1752 - 5/08/1831) dont la fa­mille appartient à la corporation des ébé­nistes présente un don certain pour la mé­canique et le dessin, il est remarqué par ses professeurs. Dans son environnement, il a pris connaissance de la nouveauté du pianoforte. Lors du décès de son père, il se rend en 1768 à Paris et trouve une place chez un facteur de clavecin. La France est restée très attachée au clavecin et ses ors, la musique étant un divertissement noble. Dans la capitale, à cette époque, l'installa­tion de facteurs de pianoforte a été retar­dée par les mésaventures de Jean Marius et le blocage de la communauté des fai­seurs d'instruments. Pour détourner cet état de fait, les marchands de musique s'orientent vers la revente des productions
 
  
     
     
  
 
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met à disposition un atelier, il élabore son premier pianoforte en 1777. Il réalise en­suite le clavecin mécanique qui lui vaut l'admiration des grands (14). Attaqué par la corporation, il obtient en 1785 un brevet du roi Louis XVI, qui protège son activité et lui permet de se développer d'une ma­nière considérable. La reine Marie-Antoi­nette lui commande un pianoforte en 1787, il met au point à cette occasion le clavier transpositeur. En 1788, il s'associe avec son frère Jean-Baptiste et fonde la cé­lèbre firme à la renommée internationale. Entre 1790 et 1800, la Révolution fran­çaise redistribue la donne en sonnant le glas du clavecin, symbole de la noblesse. Le piano a donc tout l'avenir devant lui. A la fin du XVHF siècle, les facteurs de pia­noforte ont inventé un nombre impres­sionnant de combinaisons de positionne­ment du mécanisme dans le piano. Les présentations diverses du piano (à queue, carré, pyramide, droit) ont été envisagées. L'instrument se mettra en place définitive­ment au siècle suivant. Sébastien Erard part en Angleterre en 1792 et ouvre une succursale, puis revient en France en 1796 où il fabrique des pianos en forme de cla­vecin dotés d'une mécanique à échappe­ment. Travailleur passionné et infatigable, il met lentement au point les innovations qui révolutionneront le piano au XIXe siècle. Le génie de Sébastien Erard attisé par l'émulation de tous ces ateliers féconds concevra la formule 1 du mécanisme, aboutissement des recherches du siècle précédent. Les grands facteurs français, particulièrement Pape et Pleyel, le sui­vront dans la grande aventure du piano.B
Erratum : Le précédent article de cet
historique (Piano Le Magazine n° 20 page 62)
contenait des photos d'instruments
appartenant au Musée Instrumental de
Berlin, Publiées avec leur aimable autorisation.
 
 
anglaises comme nouveautés et curiosités. Ce commerce rencontre des amateurs pour les instruments neufs comme pour les instruments de deuxième main. Les pianos carrés de Zumpe sont les plus ven­dus. Les facteurs Schoene, Longmann, Broderip et Beck ont une succursale à Paris chez le célèbre luthier Cousineau. Enfin, des facteurs de clavecin aménagent leurs instruments en pianofortes en inté­grant un mécanisme de leur cru. Ainsi Pascal Taskin, nous a-t-il laissé un très beau pianoforte d'un style français délicat daté de 1788. Toutefois, quelques facteurs allemands émigrés vers 1765 produisent des pianofortes, notamment Jean-Kilien Mercken (1743 - 21/02/1819), le premier facteur parisien construisant, dès 1770, des pianos carrés. Après la fondation de la nouvelle communauté des tabletiers, lu­thiers et éventaillistes par l'édit de 1776, Jean-Kilien Mercken en devient le syndic. En 1789, 19 facteurs de pianofortes sont répertoriés dont Jacques-Joachim Swan-
nen, Guillaume Zimmermann, Nicolas Hoffman, Jacques Kelin, P.G. Dackweiller (élève de Mercken).
Sébastien Erard est, quant à lui, un facteur à part. Son destin hors du commun, est re­laté dans plusieurs ouvrages qui lui sont consacrés (13). Dès son premier emploi, il se fait remarquer pour l'ingéniosité des in­ventions qu'il apporte au clavecin. Ac­cueilli chez la duchesse de Villeroy qui lui
 
 
      
 
(1) Exception faite de
à Postdam date de 1745.
Silbermann, qui est né
de]A. Stein.
 
 
Strasbourg qui est rattachée à
(4) Essai de méthode de
et a exercé toute sa vie à Stras-
(11)K HardmgThe
 
 
la France en 1697, mais reste
flûte traversière.
bourg.
Pianoforte : Its History
 
 
culturellement allemande jus-
(5) Essai de la vraie ma-
(9) Andréas Streicher, grand
Traced To The Great
 
 
qu'au xixe sièck.
nière de jouer du piano.
ami de Schiller et
Exhibition Of 1851.
 
 
(2) Bach et Silbermam se
(6) Le roi Georges 1er ne parle
Beethoven est l'auteur de
(12) Johann Friedrich
 
 
connaissent. En 1731, Baà est
pas l'anglais, son fils Georges
Quelques observations sur
(21/06/1762 - 9/03/1805)
 
 
déjà venu jouer à Dresde sur
Il s'entoure d'une cour alle-
la façon de jouer, d'accor-
succède à son père Johann
 
 
un orgue du facteur.
mande.
der et d'entretenir les forte-
Heinrich.
 
 
(3) La collection de l'empereur
(7) D'après E.M. Good
piano construits par Nan-
(13) Thèse ErardJ. Gardien
 
 
Frédéric le Grand atteindra
Calp982, et M. Novack
nette Streicher née Stein à
Sorbonne 1962.
 
 
15 pknofbrtes dont 3 de Sil-
ClinkscakKY.1993.
Vienne.
(14) Clavecin mécanique
 
 
bermam. Le modèle conservé
(8) Il s'agit du neveu dej.G.
(10) Le quatorzième enfant
1779
 
      
 
  
     
        
  
 
300 ANS DE
FACTURE
DE PIANO
Troisième volet de la passionnante histoire de la facture de piano (1), à travers les hommes et les techniques, le XDC siècle est celui du rayonnement de l'instrument sur l'ensemble de la planète. Deux éléments essentiels révolutionnent la facture de piano : le double échappement de Sébastien Erard et l'apparition des usines. Dans la première moitié du siècle, la facture française se distingue et les ateliers rivalisent d'inventions pour améliorer le mécanisme et la so­norité. Dans le monde occidental, de véritables empires du piano émergent Les expositions des produits de l'industrie, où les facteurs se valorisent par des dépôts de brevets de toutes sortes, sont le décor de ces compétitions où l'impartialité des jurys sera de plus en plus contestée.
 
  
 
Chapitre 3 : les grands industriels a
 
   
  
  
 
L a facture de la fin du XVIIIe siècle est, nous l'avons vu, dominée par deux systèmes, le viennois et l'anglais, perpétués grâce au sa­voir-faire des hommes de l'art de ces deux parties de l'Europe. La Révolution française et surtout le Ier Empire vont porter la France au premier rang, l'une par l'abolition des corporations, l'autre par son hégémonie.
L'Allemagne, quant à elle, a perdu la prédominance (2). À Berlin, quelques facteurs de pianoforte adaptent la mécanique viennoise en position verticale au-dessus ou au-dessus du clavier : les « Hagende» et « Ste-hende » « Prellmechanik ». On peut citer Johann Mill­ier (1760-1834), qui construit des pianos droits dès 1800 avec Cari L . Schramm, fils d'un facteur d'orgue, etj. Schleip (1786-1848) célèbre par ses pianos lyres. Johann D. Schiedmayer, élève de Stein, démarre son activité en 1791 à Erlangen avec des pianos carrés ins­pirés du modèle viennois : Johanne? A Ibach, ~n 1794, et Irmler, en 1818. En fait, \r> plircrt dîa am'riers alle­mands s'expatrient pour Vienne ou Paris. En Autriche, la mécanique des fortepianos (3) de Stein, améliorée par Walter, est reprise par J. B. Streicher (fils de J. A. Streicher et Nannette Stein) et ses contempo­rains : Conrad Graf (17 novembre 1782 - 17 mars
1851), installé à Vienne en 1804, et Joseph Brodmann (1771 - 13 mai 1848), dont l'élève Ignaz Bosendorfer (27 juillet 1794 - 14 avril 1859) fonde l'illustre firme en 1828. Ils s'appliquent surtout à augmenter la taille et la solidité de leurs instruments (4) et l'aménagent souvent en véritable petit orchestre, par l'ajout de nombreuses pédales actionnant un tambourin ou une bande de cuir sur les cordes ou des clochettes. D'abord bâtis dans le style Empire, ils se différencient nettement après la paix de Vienne, avec l'apparition du Biedermeier, style original caractérisé par l'aspect pratique et la simplicité des formes.
En Angleterre, en revanche, les ateliers de facture de piano sont devenus de grandes entreprises, surtout de­puis l'arrivée de la machine à vapeur, en 1770, adoptée ensuite par l'ensemble des industriels de ce pays. Les qualités d'instrument indépendant aux expressions va­riées que se révèle être le pianoforte séduisent un pu­blic de plus en plus nombreux. Les pianos verticaux (5) présentent une faiblesse au ni­veau du fossé, car les marteaux frappent les cordes par-derrière. Les facteurs anglais (6) mettent au point « l'En-glish sticker action», premier mécanisme de piano droit positionné devant les cordes. Le carré et le piano­forte à queue restent cependant les plus courants. Les
 
  
        
    
  
  
 
 
  
 
firmes Broadwood et Stodart ont un rythme de pro­duction qui préfigure les productions de masse Le très célèbre Muzzio Clémenti (23 janvier 1752 - 10 mars 1832), pianofortiste et compositeur, se lance dans la fa­brication : vers 1798 il rachète Longman & Broderip. Clémenti, surnommé à Londres « le père du piano », s'associe à différents partenaires successifs. La firme prend le nom de Clémenti & Co vers 1800. Avec deux frères, Frederick W. et William F. Collard, facteurs de pianos, il fonde une succursale sous le nom de dé­menti, Collard & Collard en 1819, puis Collard & Col-lard au décès du maestro. Clémenti se spécialise dans les pianos carrés à six pieds torsadés qui lui sont carac­téristiques. Ses pianos cabinets et piano à queue sont réputés. Sa littérature pour piano rencontre un grand succès.
Bien d'autres facteurs fondent leur firme, comme par exemple J. Kirkmann, ou encore Robert Wornum ju­nior (1780-1852), qui met au point un piano droit ap­pelé « cottage piano », équipé d'une « English double action » et de cordes obliques. Mais la préoccupation majeure des ateliers et des facteurs londoniens est la consolidation des instruments pour une meilleure te­nue d'accord dans le temps, ainsi que la recherche de la dynamique plus précise du mécanisme mis en mou-
 
  
    
      
  
 
 
 
Chapitre 3
 
 
300 ANS DE < ACTURE DE PIANO
vement. Ces améliorations et nouveautés n'échappent pas à Sébastien Erard qui tient boutique à Londres dès 1792.
A Paris, Sébastien et Jean-Baptiste Erard, son frère, ne peuvent que constater l'engouement pour le piano-forte. Celui-ci a contribué à l'apologie de la toute jeune République, avec des hymnes révolutionnaires qui ont été interprétés par le pianofortiste F. J. Gossek. Sym­bole du modernisme, le pianoforte devient incontour­nable pour la nouvelle noblesse d'Empire qui contri­bue ainsi à son essor. L'impératrice Joséphine commande des instruments aux frères Erard. Les pre­miers modèles sont dotés de la mécanique anglaise mais, rapidement, après diverses améliorations, Sébas­tien Erard prend un brevet pour un système à double échappement, en 1821. Ce mécanisme ne rencontre pas tout de suite un franc succès (7), il est plus coûteux et de mise au point plus délicate que P« English ac­tion ». Dans le double échappement, on retrouve la quasi-totalité des éléments de Cristofori. Le levier in­termédiaire devient une pièce de forme triangulaire complexe qui permet de repositionner l'échappement sous le marteau sans lâcher la touche complètement. On comprend que certains artistes soient déroutés par autant de vélocité... Ce n'est que vingt ans plus tard qu'il devient le mécanisme de référence. On doit aussi au génie de Sébastien Erard de nombreuses inventions déterminantes pour la facture de piano. Il met au point en 1808 les agrafes individuelles pour le passage de cordes et en 1822 les barres de renfort ou cadre de compensation (8). Jouissant d'une grande notoriété en France ainsi qu'à Londres où la succursale est dirigée dès 1821 par Pierre Orphée (9 avril 1794 - 16 août 1855), neveu de Sébastien, la maison Erard est bientôt rejointe par d'autres dans cette activité. En effet, suite à l'abolition des corporations, un vent de liberté souffle sur la France, puis, sous le Premier Empire, le blocus continental stoppe les importations d'outre-Manche. Les facteurs parisiens en profitent pour s'imposer dans tout le centre de l'Europe. Bien souvent d'origine allemande ou autrichienne, ils vien­nent vivre de leur art dans le centre culturel et écono­mique de l'Empire napoléonien qu'est Paris. Cette si­tuation de croissance leur permet de devenir rapidement des patrons. Ils adoptent en majorité la mécanique anglaise. Ignaz Joseph Pleyel (1er juin 1757 - 14 novembre 1831) fonde sa maison en 1807 en s'entourant de quelques ouvriers (9). Ancien élève de Haydn, compositeur et pianiste, sa musique rencontre beaucoup de succès et il devient éditeur. Apprécié par le pianiste préféré de Napoléonjohan Dussek (10), et
 
  
      
      
  
 
 
 
À gauche, piano Broadwood de 1816. Les pédales de chaque côté de la lyre sont caracté­ristiques des fortes anglais du début du xixe siècle,
I À droite, piano carré Boîsselot & fils de 1844, Le sommier est situé à l'arrière et la table d'harmonie recouvre le mécanisme.
Ci-dessous, Pleyel de 1839. Comme Erard, Pleyel utilise très tôt les barres métalliques de renfort ou "tenons".
 
 
connu par de nombreux artistes célèbres, il a des chances de développer une fabrique de pianofortes. Pour satisfaire à la demande, il commence par pro­duire des petits pianos carrés à deux cordes, qui est l'instrument le plus couramment utilisé jusqu'en 1810. Il obtient une licence de Wornum et Broadwood pour la construction de petits pianos droits. Il devient en­suite le grand rival d'Erard, brillant autant en renom­mée. Faisant preuve d'innovation, il s'intéresse tout d'abord aux cordes à piano et brevette un acier trempé dès 1820, plus solide que les cordes en fer uti­lisées antérieurement.
Jean Pfeiffer (1769-1839), tourneur et facteur de piano, et Guillaume Lebrecht Petzold (2 juillet 1784 - 1838), qui a fait son apprentissage en Saxe, sortent des pianos carrés. Les recherches de Petzold l'ont conduit à mettre au point, en 1810, l'échappement qui prend son nom et sera utilisé sur certains instruments. À partir de 1818, Jean Roller & Nicolas Blanchet (11) se spécialisent dans les petits pianos droits, de moins d'un mètre de haut, équipés d'une mécanique spéci­fique, légère et efficace, où l'étouffoir est placé sous le marteau.
Jean-Henri Pape (1er juillet 1789 - 2 février 1875) amène aussi un nombre considérable d'innovations. Venu d'Allemagne, il commence sa production en 1815 (12). Il prend l'option de se démarquer des autres par des pianos de forme originale : pianos consoles et piano tables, et par une mécanique qui lui est propre. Il garnit les marteaux avec du feutre, abandonnant ainsi le cuir de daim ou d'antilope, et introduit une nouvelle sonorité. Il brevette le croisement des cordes sur piano droit en 1826 et construit des pianos carrés avec frappe par-dessus.
Puis une quantité impressionnante de facteurs de pia­nos émerge, un peu partout en France, vers les années 1820 et 1830. Henri Herz (6 mars 1803 - 5 janvier 1888), Autrichien venu aussi à Paris où il remporte un 1er prix de Conservatoire en piano en 1818, s'intéresse à la facture dès 1825, et améliore la mécanique an­glaise.
En province, S. Wirth débute à Lyon en 1830, en même temps que P.-H. Mangeot à Nancy etJ.-L. Bois-selot à Marseille, qui se tourne rapidement vers l'ex­portation dans les nouvelles colonies. Cette position de leader pour la France rencontre une rivalité importante des autres pays qui se sont tournés sur d'autres marchés. À la chute de l'Empire, Vienne a le monopole des exportations vers l'Est et l'Italie, Londres prend pendant longtemps en possession ex­clusive les marchés de l'Espagne et du Portugal. Broad-
wood produit alors en moyenne 2 236 pianos par an entre 1824 et 1850. Wornum achève son mécanisme de piano droit, inspiré de la « sticker action » en plus compact, il ne le brevettera qu'en 1842. C'est la « tape check action » qui connaîtra un très long et grand suc­cès et n'est autre que le mécanisme à baïonnettes. Le marteau est rappelé par une lanière de cuir accrochée au chevalet, et l'étouffoir situé au-dessus du marteau est actionné par une tige métallique. Vers les années trente, le piano et le pianiste prennent un statut de vedettes, lors de récitals organisés souvent sur l'initiative des facteurs et dans leur salle de concert. Ainsi Kalkbrenner puis Chopin jouent chez Pleyel, que dirige alors Camille, le fils aîné d'Ignace, et Liszt ou Thalberg se produisent chez Erard. Instrument plébis­cité par le courant romantique, le piano s'installe dans les foyers. Il devient indispensable à l'éducation des jeunes filles.
En 1834, dans son rapport, Charles Dupin, membre de l'Institut, constate la perte de terrain de la harpe en re­gard du piano et ajoute : « On calcule qu'en France le pu­blic possède près de cent mille pianos. Afin de compléter le nombre de maisons particulières où ce luxe est adopté, telle est la division des fortunes qu'il faut descendre très bas. Néan­moins, nous restons bien au-dessous de l'Angleterre et de l'E­cosse où chaque fermier possède un piano pour ses filles. » Vers les années 1840-50, de nouvelles entreprises ap­paraissent encore : citons Antonin Bord qui, venu de Toulouse, s'installe à Paris en 1843, et Joseph Gabriel Gaveau (29 novembre 1824 - 1893), qui commence modestement en 1847, puis se distingue par l'aména­gement de la mécanique des pianos droits en 1848, ap­pelée « mécanique à lames ». En 1848, à Paris, les industriels du piano et de la harpe sont au nombre de 197. Les plus grosses fabriques sont localisées dans les IIe, IIIe et Ve arrondissements (de l'époque). Les petits fabricants de pianos ou d'acces­soires sont répartis sur le reste de la capitale. L'ébénis-terie de piano se fait surtout dans les Ve et VIIIe. Les sta­tistiques de l'époque donnent les résultats suivants : « Cette industrie emploie 2 889 hommes dont 38 apprentis de 12 à 16 ans et 4 jeunes garçons de 6 à 12 ans... 98 % des hommes savent lire, 93 % sont dans leurs meubles, 2 habitent chez leur parents et 5 logent en garni... Les ouvriers sont en majorité allemands ; ils passent en général pour être assez ran­gés et laborieux. » La moitié environ est payée à la jour­née et l'autre à la pièce (13). Vers 1850, La production française atteint 20 000 pia­nos par an.
Entre 1847 et 1890, l'arrivée de la force motrice joue un grand rôle, un cheval vapeur est égal à une force de
 
  
  
      
              
 
 
 
Chapitre 3
 
 
300 ANS DE FACTURE  DE PIANO
75 kilos et l'on observe une division toujours croissante de l'atelier dans les grandes villes. Ce morcellement demande moins de connaissance de la part des ou­vriers, même s'ils ont une grande compétence pour un travail précis. Cette situation et le manque de forma­tion vont aboutir à des hostilités entre les ouvriers et les patrons. Ce climat de tension et les nombreux conflits entraveront l'avancée de l'industrialisation et le mo­dernisme, (à suivre)
 
 
À droite :
Piano Conrad Graf de 1838. La facture viennoise conserve pendant longtemps son mécanisme particulier. Au début du xxe siècle, la taille des instruments augmente et l'utilisation des pédales, souvent nombreuses, se généralise.
 
 
En bas :
Pianino Pleyel
de 1830.
Les premiers
pianos droits
de Pleyel ont été
fabriqués sous
licence anglaise.
 
  
  
  
 
 
 
(1)  Voir numéros précédents.
(2)  Les confiiLs incessants qui rava­gent le pays retardent le développe­ment industriel.                                     
(3)  Ce système mécanique est encore utilisé pétulant plus d'un siècle par les facteurs austro-hongrois.                     
(4)   Beethoven était un ami de Conrad Graf, lorsqu'il a eu l'occa­sion déjouer sur un Broadwood, il a apprécié la puissance de cet instru-ment plus imposant que les viennois de l'époque.
(5)  Les différentes présentations de ces instruments sont les pianos cabi­nets, pianos pyramides, pianos lyres et pianos girafes.
(6) Le brevet de la « sticker action » est attribue à William SouthwelL facteur à Dublin, en 1798. In Pas­cale Vandorellen, Le Piano de style en Europe des origines à 1850, p. 107.
(7)  Erard présente le double échappement en 1823 à l'exposition à Paris.
(8)  En 1822, la presse relate une querelle entre la maison Erard et la
Maison Broadwood au sujet des barres de competisalions gui renfor­cent la résistance de la caisse du piano à queue. Chacun en réclame la paternité; en fait, l'innovation est de J. Thom et W. Alllen, de chez Sto-dart, qui brevettent les barres de com­pensation en 1820. (9) Ignaz Pleyel s'associe à Charles Lemme pendant les premières années.
(10)fohan Dussek (1760-1812) est d'origine tchèque.
(11)   Nicolas Blanchet est le fils d'Armand François Nicolas Blan­chet, facteur de clavecin du roi et ac­cordeur de l'Ecole royale.
(12) Le plus ancien pianoforte signe Pape date de 1815.
(13) La mécanique est. au-dessus des cordes.
(14)  La même année, 62 facteurs d'accordéons ou fabricants de pièces pour accordéons sont recensés à Paris. (In Statistiques de l'industrie à Paris pour les années 1847 et 1848, Chambre de comment tt d'industrie)
 
  
  
              
    
  
 
300 ans
de facture de piano
Chapitre 3 : les grands industriels (2e partie)
La seconde moitié du XIXe siècle voit l'émergence de la facture de piano
américaine. Les réactions qu'elle va engendrer dans la conception et la commercialisation
du piano donnent une nouvelle tonalité à cette industrie.
 
  
 
Par Marie-Brigitte Duvernoy (') Photos : Michel Piquemal
 
  
 
L e monde musical est en effervescence, l'encre coule à flots, la concurrence devient plus sauva­ge. Le « goût musical français » se positionne face aux courants anglo-américain et allemand, reflet d'une rivalité politique existante. Les codes de l'ancien monde sont basés sur le respect des tra­ditions ; le patriotisme anime les industriels. Le romantisme allemand donne une forte identité à son peuple. Les hommes de l'art, impliqués dans ces inventions mécaniques et techniques ainsi que dans les nouvelles méthodes de production, défendent farouchement leur point de vue. Grâce à l'immense popularité que connaît le piano, le nombre de firmes et de marques atteint son maximum vers la fin du XIXe siècle. Il nous est bien sûr impossible de les citer tous et d'énumérer toutes les inventions.
Alors que la majorité des facteurs français ont des ateliers spé­cialisés en pianos, aux États-Unis, les pionniers de l'industrialisa­tion innovent dans les techniques de fabrication. Beaucoup d'An­glais et d'Allemands vont s'installer dans ce nouveau monde et pratiquent la fabrication de pianos avec des méthodes de plus en plus rentables. Ils installent des usines à vapeur de grande taille : Alfred Dolge met au point la machine à garnir les marteaux vers le milieu du XIXe siècle, et les instruments sont renforcés par de la fonte pour résister aux amplitudes thermiques importantes. En 1826, le cadre d'une seule pièce d'Alphéus Babcock (1785-1842) est présenté dans un piano carré (2). La première firme américaine qui acquiert une grande renommée est fondée par Jonas Chicke-ring (1798-1853). En 1851, il envoie à Londres le premier piano américain qui paraît en Europe (3). Ses pianos, véritables amplifi­cateurs au son puissant, intriguent les Français lors de l'exposition de 1855, et leur inspirent la crainte de voir cette industrie supplan­ter la facture française.
Sous le Second Empire, le marché français est immense. Le pres­tige quasi mondial dont jouissent les « articles de Paris » — non sans raison car les pianos français sont solides et élégants, avec une sonorité délicate — motive les firmes à conserver les caractéris-
tiques de leurs instruments. Une statistique de la Chambre de com­merce de 1860 déclare que « les perfectionnements dont le double échappement et Véchappement simple ont été l'objet, l'emploi du feutre dans la mécanique, et le choix scrupuleux de tout ce qu'il y a de meilleur dans les matières premières et dans la main d'œuvre, expliquent suffisamment la qualité exceptionnelle des pianos français ; d'un autre côté, la création d'un outillage spé­cial, la substitution du travail des machines au travail à la main, et l'application laplus complète duprincipe de la division du tra­vail sont les causes qui ont permis aux facteurs français de soute­nir avec avantage la lutte contre leurs rivaux... Elle [l'industrie] ne réclame que des armes égales pour maintenir la situation qu'elle a prise, et demande à cet effet l'extension des traités de commerce qui, dans les limites où ils ont été conclus, ont déjà rendu plus ac­tives ses relations avec les nations contractantes » (4)...
L'industrialisation
Les industries doivent sortir du centre de Paris pour trouver l'es­pace nécessaire à l'implantation d'usines à vapeur. En 1860, on compte dans la capitale 179 manufactures de pianos dont 124 fa­briquent encore des harpes sur commande, ces dernières ayant été abandonnées pour le piano. Les façonniers et fabricants de pièces détachées pour pianos sont au nombre de 55. Ces industries emploient 2101 ouvriers dont trois femmes et trente-trois appren­tis au-dessous de seize ans. La journée de travail est de douze heures dont une pour le repas (5). Vers 1860, le piano carré tend à être définitivement remplacé par le piano droit, moins encom­brant, donc plus adapté aux appartements. Le petit piano à queue de moins de deux mètres apparaît dans le même esprit. Les cordes sont en général triples dans les aigus et doubles dans le registre des graves. L'étendue du clavier atteint les 88 notes. Le plan de cordes est le plus souvent droit ou oblique. Le croisement des cordes est un sujet de discussion, bien qu'il soit employé depuis quelques an­nées en Amérique et dans les États allemands. Les mécaniques des pianos droits sont soit à baïonnettes, soit à lames (6).               >►
 
  
    
   
 
 
 
Piano droit Erard de 1860 avec un médaillon représentant une jeune fille
 
   
    
  
 
>~ Deux grands courants, menés l'un par Érard et l'autre par Pleyel, dominent la facture des pianos à queue. Les partisans du double échappement d'Érard l'aménagent avec l'attrape sur la touche, les par­tisans du simple échappement lui apportent des modifications pour améliorer la rapidité, en conservant le plus possible le contact direct du doigt avec le marteau. Joseph-Gabriel Gaveau et quatre de ses six fils vont être les leaders du troisième courant français. Ayant démarré plus tard, ils adoptent les plans de constructions modernes (cordes croisées, cadre en fonte) assez tôt et apportent des amélio­rations à la mécanique à lames.
Pendant cette période, les fabriques de province sont elles aussi en pleine expansion. Bien qu'une grosse partie de la production soit tournée vers l'exportation, cette situation favorable pour la France va rencontrer de fortes rivalités, et les faits vont démontrer l'avance prise par les Américains et les Allemands sur un marché en pleine mutation. En 1867, l'exposition de Paris voit pour la pre­mière fois les médailles de premier prix être attribuées à Broad-wood pour les Anglais, J.-B. Streicher (fils de J.-A. Streicher et de Nannette Stein) pour les Viennois, et surtout Steinway & sons et Chickering ex aequo. La firme américaine de New York, créée en 1853 par Heinrich Steinweg (1797-1871) et quatre de ses cinq fils, connaît un succès qui prélude sa réputation internationale tou­jours d'actualité. François-Joseph Fétis (7) rapporte que les Fran­çais gardent un souvenir marqué des méthodes parfois peu dignes, de la lutte commerciale acharnée à laquelle se livrent les deux géants américains lors de cette fameuse exposition. Les instru­ments exposés attirent une très nombreuse foule par la nouveauté de leur conception utilisant le métal en grande quantité et par leur sonorité impressionnante. Les critiques sont très controversées, mais il en ressort que l'Amérique menace l'industrie européenne d'une rivalité redoutable. Convaincus par cette nouvelle orienta­tion dans la facture, les frères Mangeot, qui succèdent à leur père, construisent des pianos sous licence Steinway. On peut citer aussi une de leurs réalisations assez impressionnante : il s'agit d'un pia­no à queue à double clavier inversé, créé et réalisé en 1880 à la sui­te d'un défi que leur a lancé Wianawski, professeur au Conserva­toire de Bruxelles.
Les facteurs français
Les productions françaises sont de très bonne qualité, notam­ment celles des firmes Pleyel et Érard (dirigée par Mme Veuve Erard après le décès de Pierre en 1855), Herz, Gaveau, Elcké (diri­gée par Gouttières). On peut citer Claude Montai, facteur de pia­nos aveugle, qui a écrit un ouvrage technique sur l'accord, puis a fondé une entreprise de qualité. François-Joseph Fétis remarque cependant dans son rapport sur l'exposition de 1867 que « la factu­re française de deuxième ordre n'a pas fait de progrès depuis 1844. C'est que chez bon nombre, il n'y a plus de facture mais as­semblage... Dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine se fabri­quent en grande quantité des caisses de pianos droits etpianinos.

 

Ailleurs on prépare des tables d'harmonie et des chevalets. MM. Schwander et Rohden ont des magasins de mécaniques et claviers tout faits, il y a desfabricants de touches en ivoire, dièses en ébène. M. Duval et d'autres vendent des chevilles, agrafes, pointes, cordes... Après avoir travaillé chez un facteur, l'ouvrier qui a quelque argent s'installe, achète toutes les pièces et les met en œuvre plus ou moins habilement. C'est en effet à la recherche in­cessante du bon marché que doit être attribué le grand nombre de pianos médiocres ou de minime qualité à côté des bons instru­ments qui sont chers et qui doivent l'êtreparce qu 'une belle qualité ne s'obtient qu'avec les dépenses nécessaires, des études persévé­rantes et des soins minutieux qui exigent beaucoup de temps ».

Piano Steinway de 1859 à échappement simple (collection Alain Roudier)

Cette dualité des facteurs français reflète la complexité de l'évo­lution du métier, où les nouvelles méthodes de production et la tra­dition des hommes de l'art sont parfois en contradiction. A. Bord, installé en 1843 à Paris, se lance dans une production quantitative énorme, parfois au détriment de la qualité. En 1880, il soutient que sa production atteint douze pianos par jour et qu'il a un stock dis­ponible de trois cents pianos (8). En 1867, Pleyel transfère ses ate­liers à Saint-Denis, dans de vastes locaux équipés de la force motri­ce à vapeur. Gaveau fera de même peu après rue Servan. Cette période de 1850 à 1890 voit renaître l'âge d'or de la facture alleman­de, qui culmine par sa nette domination aux expositions de Mel­bourne de 1880 et de 1889, tandis que les pianos anglais baissent beaucoup en qualité, à l'exception des firmes Broadwood, Collard & Collard et Kirkmann.
L'Allemagne est devenue une puissance économique et culturel­le sous l'impulsion de la vague du romantisme allemand. Les fac­teurs de pianos qui démarrent leur activité à cette époque vont di­rectement construire leurs manufactures dans l'esprit moderne de la nouvelle industrie. Les firmes produisent très rapidement un grand nombre de pianos, selon les critères de robustesse et de puissance du modèle américain. Le fils aîné de Heinrich Steinweg, Theodor, resté en Allemagne, s'associe à Friedrich Grotrian et ouvre à Brunswick une usine réputée, où ils font des recherches sur les cordes et les harmoniques. Quelques milliers de firmes de pianos voient le jour en l'espace d'à peine cinquante ans. Cari Bechstein (1826-1900), dont la musicalité des instruments satisfait de nombreux artistes, crée son entreprise en 1853, à Berlin, après un apprentissage à Londres et à Paris. Julius Blùthner (1824-1910)
 
  
    
     
  
 
démarre son activité en 1855 à Leipzig. Il conçoit une mécanique spécifique pour les pianos à queue, qu'il conservera pendant long­temps. Seiler, Steingraeber, Feurich, Rônish, Schimmel créent aussi leurs firmes. L'Allemagne prend un important marché dans ses colonies, mais aussi vers l'Angleterre et l'Australie.
pour la postérité. Cette volonté de se démarquer relève d'un esprit inventif qui refuse la rentabilité à tout prix.
Les Viennois conservent eux aussi leur mécanisme si particulier dont ils seront les fervents défenseurs, même au siècle suivant. Ce qui n'a pas empêché des générations de pianistes de s'épanouir. À Vienne, la maison Bôsendorfer que Ludwig, le fils d'Ignaz, dirige depuis 1859, connaît un succès croissant alors que le facteur Ehr-bar est lui aussi réputé pour ses pianos à queue. À la fin du siècle, les usines de pianos se multiplient dans tous les pays d'Europe, à l'instigation de facteurs immigrés ou autochtones. Ainsi, de nom­breuses fabriques familiales produisent des pianos de bonne fac­ture en Belgique (Berden, Gunther) et en Suisse (Rordorf, Burger et Jacobi). On en trouve aussi en Russie (Schrôder, Becker), en Hollande, ainsi qu'à l'intérieur des frontières des futurs Etats que seront en 1918 la Tchécoslovaquie et la Pologne.
Le dernier événement technologique du XLXe siècle est l'introduc­tion de l'électricité dans les usines, qui encore une fois révolutionne et accélère la production. En 1896, Gaveau fonde une usine élec­trique spacieuse à Fontenay-sous-Bois (9), où sont appliquées la divi­sion du travail et les nouvelles méthodes de fabrication. Les innova­tions qui marquent la fin du siècle sont les « players pianos » munis de systèmes pneumatiques à impulsion mécanique puis électrique. Fruit d'une longue évolution depuis l'automate, ils sont mis au point par la compagnie Aeolian Incorporation de New York. Déclinés en plusieurs versions telles que le duo-art et le pianola, ils permettent le jeu automatique de l'instrument à l'aide de rouleaux perforés. Le XLXe siècle s'achève avec l'arrivée de challengers qui s'apprêtent à lancer de nouveaux défis. Au Japon, Torakusu Yamaha construit son premier piano en 1880 et fonde sa firme en 1887. ■
 
 
Les Allemands
 
 
Cette rivalité franco-allemande, renforcée par les événements politiques, se traduit par le sentiment de suprématie de chaque partie. Lors de l'exposition de Paris de 1885, les facteurs d'Alle­magne ne se sont pas déplacés. En France, la presse musicale prend le parti de ses compatriotes et défend ardemment la sonori­té charmante des pianos qu'ils fabriquent au nom du goût musical français. Stimulés par la concurrence, les fabricants français ne cessent d'innover tout en conservant leur tradition. Chez Pleyel, ainsi, la recherche est particulièrement active. Les dirigeants suc­cessifs se sont toujours associés à des personnalités de la musique comme Auguste Wolff, G. Pfeiffer, mais aussi des scientifiques comme Gustave Lyon. Dans leur laboratoire, ils se livrent à toutes sortes d'essais, orientés vers la résistance de l'acier des cordes. Entre 1860 et 1900, ils expérimentent une dizaine de mécanismes différents, dans l'espoir de trouver une meilleure solution au double échappement d'Érard. C'est avec Gustave Lyon que seront définitivement adoptées les pièces mécaniques standard de fabri­cation, les cordes croisées et le cadre en fonte. Chez Érard, l'intro­duction des cordes croisées et du cadre en fonte pleine se fait bien plus tard, et il conserve encore sa mécanique d'origine au début du XXe siècle. La résistance des deux géants français à ce qui devien­dra la standardisation laisse un patrimoine varié et intéressant
 
  
 
Piano Aucher de 1849, cadre bois français, pieds torsad ébénisterie en palissandre style Loui Philippe. L'étendue di clavier est de 7 octav
 
 
(') Erratum. : Le nom de tenir, Marie-Brigitte Duve> a été omis dans le chapit 1"" partie, paru dans Pia Magazine n" 22, pp. 54 i C) Alphéus Babcock et soi re Leiris ont travaillé avi pionniers de la facture a% caine. (") Ancien ouvrit John Osborne, J. Chicken démarré en association James Stewart, lui-mêmt cien ouvrier de Collard & lard, London, et auteur di vet du montage des corc cheval en 1827. C) In st tiques de l'Industrie à I pour l'année 1860, Chat de commerce et d'indut C) Idem. C) La mécanic lames a été mise au poin Joseph-Gabriel Gaveau à tir des mécanismes de Roi Blanchet et Érard. Il lent 1871, une adaptation sin no à queue qui ne fut coumnnée de succès. C) 1 çois-Joseph Fétis, maît; chapelle du roi des Belg directeur du Conserva royal de Belgique, est l'ai de la célèbre Biographie m selle des musiciens en volumes, pâme entre et 1880. C) In Cyril Ehr The Piano : a history, p. (") L'usine de Fontenay i mé ses portes en 1970.
 
  
     
      
  
 
300 ans
de facture de piano
Chapitre 4 : le XXe siècle
Dominée par les facteurs de quatre nations
(Etats-Unis, Allemagne, France et Angleterre) au début du XXe siècle,
la facture de pianos bascule vers les années 1950 aux mains de grandes
usines d'Extrême-Orient, développées dans le cadre de l'entreprise capitaliste
et non plus celui de l'entreprise manufacture et artisanale du modèle européen.
Le piano devient un produit de consommation courante.
En France, les conséquences des deux conflits mondiaux et un changement
des habitudes culturelles sonnent le glas de la facture traditionnelle
malgré un potentiel de consommation qui sera révélé plus tard, plaçant le pays
à la fin du XXe siècle en importateur de pianos de facture étrangère.
Par Marie-Brigitte Duvernoy (A.F.A.R.P.) - Photos : Michel Piquemal
 
  
 
L'usine Gaveau de Fontenay-sous-Bois en 1970, juste après sa fermeture définitive
L 'année 1900 s'ouvre à Paris avec
 
Photos Jean-Jacques TRINQUES
Nord, 1 Autriche, la Suisse, la Belgique et 1 Angle­terre. À cette époque, Paris et sa banlieue produi­sent la quasi-totalité des pianos français, Marseille, Lyon, Nancy et Toulouse comptant seulement quelques fabriques.
La facture française
L'industrie instrumentale française, perfection­niste, utilise alors énormément le travail manuel et le personnel est bien rétribué. On compte une soixantaine de patrons qui occupent quelque 5 000 ouvriers et la production annuelle est d'environ 26 000 unités. L'exportation en représente une grosse partie avec 51 000 pianos entre 1890 et 1900, alors que l'importation a été de 2 220 pianos pendant la décennie. Les quatre firmes en tête de la production nationale sont Pleyel (2 249 unités par an), Érard (1 700 pianos), Gaveau (1 600) et Bord (2 100). Elles sont les fournisseurs princi­paux du Conservatoire National de Musique et de Déclamation de Paris en pianos droits et pianos à queue, auxquels s'ajoutent de rares pianos de marques de bonne facture : Focké, Kriegelstein, Elcké. Les musiciens et professeurs sont les >►
 
 
une exposition universelle toni­truante et grandiose. La Tour Eif­fel, le Métropolitain, les Pavillons des Nations participantes, tout est vu en grand, traduisant la satisfac­tion des réalisations de l'homme et l'espoir dans un avenir brillant. La classe « instru­ments de musique » réalise pendant cet événe­ment, une rétrospective de la facture instrumenta­le depuis la Renaissance. Pour le piano, il s'agit de célébrer ses deux cents ans d'histoire. À cette oc­casion, les facteurs français sont à l'honneur avec la présentation de plusieurs modèles de pianos de conception originale datant des XVIIIe et XIXe siècles. Ce regard vers le passé va remettre au goût du jour le clavecin qui avait disparu avec l'arrivée du pianoforte. C'est aussi le moment de faire le point sur l'évolution de l'instrument et les der­nières nouveautés.
Car la facture française a su se tenir au niveau des progrès réalisés dans d'autres pays et conserver sa bonne renommée, malgré les nombreux concurrents, notamment l'Allemagne, l'Amérique du
 
  
 
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Bechstein modèle C de 191. Au début du XXe siècle, Becstein fait partie du peloton de tête de la facture allemande.
 
  
    
     
  
 
>► ardents défenseurs des fabricants français. Et la bonne te­nue du marché hexagonal dé­courage les grandes marques étrangères qui se rendent de moins en moins dans les exposi­tions internationales. Dans ce siècle commençant, les améliorations techniques ne sont plus aussi importantes qu'au XIXe siècle et un rapport souligne que « La maison Érard (dirigée par Albert Blondel de­puis 1883) était restée jusqu'ici réfractaire à l'emploi du cadre métallique et cordes croisées. Son système de barrage est l'ar­mature en fer forgé, en plu­sieurs pièces, formant som­mier d'accroché prolongé et sommier de chevilles avec plaque de fer forgé vissé, le tout relié par des barres droites de
même métal... L'apparition des pianos Steinway en France démontra que l'opposition des cordes était définitivement vaincue et que le cadre enfer, fondu d'une seule pièce, per­mettait d'obtenir le maximum de sonorité ou de bruit pos­sible, sans danger pour la solidité de l'instrument (...). On le voit, la facture française de pianos depuis onze ans n'a rien acquis de bien nouveau. L'usage du cadre en métal s'est géné­ralisé et le volume du son a augmenté ; mais à part cela l'éco­nomie intérieure de l'instrument n'a pas subi de modifica­tions notables... » (1)
Preuve supplémentaire de cette situation, les dépôts de brevets de facteurs français sont beaucoup moins nombreux depuis 1890. En revanche, dès 1902, les facteurs américains, anglais et allemands prennent des brevets pour leurs inventions en Euro­pe, notamment dans les pays concurrents, démontrant ainsi la dimension internationale de la clientèle.
Industrie et tradition
On évoque à cette époque deux courants dans la facture de pia­no, le groupe anglo-germano-américain et le groupe franco-rus­se dont les différences résident dans la quantité de métal em­ployée dans le bloc harmonique et les méthodes de fabrication. Un contraste extrême réside entre la France et l'Amérique dans le développement de l'industrie. Dans le Nouveau Monde, un marché vaste et en pleine expansion a stimulé la croissance d'une industrie dynamique, avec beaucoup de grandes usines où la technologie moderne est attentive à l'évolution de la consommation.
Les leaders sont Steinway, situé à New York, et dont la renom­mée continue de croître dans le monde, et Baldwin de Chicago qui expose ses pianos sous deux marques de qualité différente : Baldwin pour les instruments de facture à l'ébénisterie soi­gnée, et Hamilton pour des pianos plus courants destinés à l'ex­portation et à la location. Chickering est racheté par American Piano Co en 1904. Au début du siècle, dans les usines, les mé­thodes de fabrication sont très mécanisées, et l'utilisation du
séchage des bois en étuve est déjà bien au point sans parler du cadre en fonte coulé d'une seule pièce, définitivement adopté ainsi que les cordes croisées.
La production annuelle atteint le chiffre colossal de 650 000 pia­nos en 1910 (2), dont la plus grosse partie est absorbée par le marché intérieur et les pays voisins.
À cette époque, l'Allemagne se situe entre ces deux extrêmes, alliant tradition des facteurs et système des usines de grande capacité équipées de machines. En 1900, on ne compte pas moins de 435 fabriques de pianos dont les plus réputées sont Bechstein avec une production annuelle de 3 700 pianos, Bliïth-ner avec 2 500 unités et Ibach avec environ 2 000 pianos. Cepen­dant, les facteurs allemands restent attentifs à la qualité des matériaux employés et à la finition de leurs instruments. Ils sont partisans du cadre de fonte pleine, et orientent leurs re­cherches sur les mécanismes des pianos. La mécanique de la maison Schwander de Paris est alors très compétitive et utili­sée par un grand nombre de facteurs d'Europe. Cette firme, en pleine expansion entre les années 1900 et 1913, produit dans ces années-là, quelque 100 000 mécanismes avec 1000 ouvriers. Malgré tout, le marché intérieur de l'Allemagne, lié à des habi­tudes musicales ancrées dans la tradition, demeure très impor­tant. Et le piano a encore quelques belles années devant lui mal­gré le coup de frein sur les productions, amorcé lors du premier conflit mondial en Europe, qui provoquera quelques ferme­tures de petites fabriques. Aux États-Unis également, la pro­duction chute avec la vogue des pianos reproducteurs et pneu­matiques, eux-mêmes bientôt concurrencés par l'arrivée des tourne-disques, et de la radio.
En 1925, le commerce et l'industrie des instruments de mu­sique tiennent dans le monde une place importante. Une éva­luation faite dans un « rapport général » sous la direction de Paul Léon, avance le chiffre de 51 000 fabricants toutes catégo­ries confondues, dont 3 970 en France. Pour les pianos, il donne le chiffre de 1523 fabriques dans le monde, ainsi que 2 060 d'ins­truments à cordes et 841 fabriques de phonographes
 
 
Érard Soleil acajou de 1930 l'un des fleurons de la  faccture française des années 30.
 
  
     
     
  
 
Chapitre 4 : le XXe siècle
 
  
 
Les pianos sont arrivés à une perfection dans la solidité de la facture, la sonorité, et la qualité des matériaux employés ; la re­cherche d'une nouvelle esthétique a engendré les styles qui ont marqué les trente premières années : le « modem style », l'art nouveau puis l'art déco (3).
Sa place est essentielle au cœur de la vie musicale comme l'at­teste cette remarque d'un professeur de piano du Conservatoi­re National de Paris : « Le piano est par excellence l'instrument traducteur de la pensée musicale. Mais il n'est pas que cela, il est aussi l'instrument qui a le plus contribué à la diffusion de la musique à l'éducation musicale de la foule. Par lui, ce n'est pas seulement sa musique qui est connue : ce sont les sympho­nies les plus symphoniquées (sic), les opéras, les grands drames lyriques, la musique de chambre qu'il vulgarise. Tout par lui est donné ; tout par lui est accessible à tous... le piano est un "commis voyageur de musique incomparable "... »(4) En France, on assiste à un regain d'activité, de nouvelles marques de pianos voient le jour en majorité à Paris : Catelein, Augustin Gaveau (5), Régy, Georges Focké, M.A.G.
Le clavecin reprend néanmoins sa place parmi les instruments joués. Relancé par Pleyel et Gaveau en respectant les tailles des anciens modèles, il possède sept à huit pédales et un cadre ren­forcé, en vue de moderniser les commandes des jeux et d'amé­liorer la tenue de l'accord.
Pianos automatiques
D'un tout autre style, le « Pianor » apparaît dans les années 1925-30. Piano muni d'un système électrique installé derrière les cordes, il peut aussi lire les rouleaux du piano pneumatique avec des possibilités de vibrato.
En Allemagne, les nombreuses manufactures sont disséminées dans les centres des fabrication situés à Berlin, Leipzig, Dresde et Stuttgart, où l'on exécute en série les pièces détachées : mar­teaux, claviers, cadres, mécaniques. La production des pianos se maintient également à un niveau élevé à Vienne, dominée par les pianos de Bôsendorfer.
Enfin, les modifications sont peu sensibles même dans les pays comme les États-Unis et le Canada où l'évolution industrielle >-
 
  
 
Piano PleyelI modèle 190 de 1998. La facture française retrouvée après le transfert des marques Pleyel, Erard et Gaveau pendant 25 ans chez le facteur allemand Schimmel.
 
     
     
  
 
Piano droit Augustin Gaveau de 1928. Sans aucun lien de parenté avec le facteur Gaveau,cette marque de second ordre est apparue dans les années 20.
T.S.F., le cinéma, et même le sport et les voyages qui vont modi­fier les comportements. En France, le public des concerts se raréfie. Cette désertion de la musique et sa pratique est évo­quée par Robert Bernard. En 1950, il se penche sur l'étude du piano et soulève la question de l'élitisme des conservatoires en émettant le vœu « qu'on réhabilite officiellement les diverses carrières de pianistes parallèlement à celle de virtuose ». Il déplore la disparition du pianiste amateur « celui qu'on appe­lait naguère dilettante... qui lisait à livre ouvert une parti­tion, qui se tenait au courant de tout... Ils étaient l'indispen­sable trait d'union entre le public et les compositeurs. Leur disparition a des conséquences incalculables sur nos mœurs musicales. » (7)
Les jeunes générations, bien que nourries dans leur enfance par les leçons de musique de forme académique, se tournent vers une écoute de la musique plus que vers sa pratique elle-même. Les nouvelles orientations esthétiques de la musique contemporaine (dodécaphonisme, atonalité, etc.) sont parfois trop inaccessibles au plus grand nombre qui se reconnaît mieux dans la chanson dite de variété puis dans les musiques d'origine américaine ou anglaise très en vogue. Les transistors, disques, radios ainsi que la télévision achèvent de détourner le public de la pratique instrumentale. Les grandes marques de piano françaises sont boudées, peut-être parce qu'elles évo­quent une vision légèrement surannée. Tandis que les pianos de Steinway, Bôsendorfer et Bechstein deviennent les réfé­rences en musique classique.
La décennie suivante, celle des années 1960, offre un environ­nement différent. C'est dans ce contexte que la fabrication des pianos japonais aborde le marché international avec fracas. Les deux grandes fabriques, Yamaha, fondée en 1887 et Kawaï, créée un peu plus tard en 1927, sont les plus universellement connues. Cependant, c'est une quarantaine de firmes qui fabri­quent au Japon 130 000 pianos par an durant cette période. Ba­sées sur la fabrication de série, elles sont entièrement auto­nomes. Seules les matières premières arrivent de l'extérieur, toutes les pièces de mécaniques - le clavier, les cadres en fonte et même les chevilles - étant fabriquées sur place. Le système de commercialisation mis en place au Japon est le crédit total pour la vente. La division excessive du travail où chaque ouvrier ne fait qu'un geste dans la chaîne, appelée ratio­nalisation du travail, permet une rentabilité accrue. Et même s'il est avéré que la série ne peut atteindre la qualité de réalisa­tion du maître facteur constructeur, l'objectif à atteindre est un bon rapport qualité prix. Le piano est pensé tout d'abord com­me produit, et sa mise au point ne génère pas de nouveauté dans sa définition et bénéficie d'un faible coût de main-d'œuvre. Cet exemple est suivi par les pays du bloc communis­te, malgré leur antagonisme politique avec le Japon. L'Alle­magne de l'Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l'URSS, également la Corée et même la Chine qui a monté pas moins de 60 fabriques de pianos, implantent des chaînes de fabrication qui reproduisent les modèles européens avec main-d'œuvre et matériaux locaux.
Ces produits vont inonder l'Europe de l'Ouest et notamment la France à la faveur de la fermeture définitive en 1969 de l'usine Gaveau qui avait fusionné avec Pleyel et Erard en 1961. Dans le même temps, la politique générale de l'Éducation nationale éta­blit en 1966 un plan décennal sur la période 1969-1978 pour
 
 
>~ est pourtant si rapide. La production de pianos américaine passe de 382 385 à 254 561 unités en une seule année au profit des pianos automatiques qui connaissent alors une grande vogue. C'est la spécialité du constructeur Aeolian Corporation, qui rachète en 19321'American Piano Co. Il est enfin admis, après de nombreux débats entre doctes per­sonnalités que « La valeur exacte d'une musique enregistrée par l'auteur lui-même ou par un musicien hautement quali­fié ne saurait être contestée. Au point de vue de la vulgarisa­tion de la musique, l'importance des rouleaux de transcrip­tion pour pianos automatiques se joint à celle des disques de phonographes. » (6)
Dans les autres pays d'Europe, les entreprises connaissent aus­si une période florissante. En Angleterre, Michael Kemble fon­de sa compagnie en 1910. En Suisse, en Belgique, en Hollande, en Pologne ou encore en Scandinavie de nouvelles firmes voient le jour. Beaucoup de facteurs d'instruments pneuma­tiques et automatiques ouvrent des petites usines qui ne vivront malheureusement qu'une dizaine d'années. Et la situation ne va pas en s'améliorant à la veille de la Seconde Guerre mondiale, et bien sûr juste après celle-ci.
Le piano après 1945
La crise économique en Europe engendre une première vague de fermeture des petites usines ou plutôt de grands ateliers de montage de pianos. L'enchaînement des divers sous-traitants va suivre la théorie des dominos, où une faillite en entraîne une autre. Lors du second conflit mondial, beaucoup de bâtiments seront réduits à l'état de ruines et la reconstruction sera vécue différemment dans chaque pays, suivant la rapidité des réalisa­tions de logement et d'équipement, ainsi que les priorités de consommation. La décennie 1950 voit l'arrivée de loisirs différents comme la
 
  
     
    
  
 
Chapitre 4 : le XXe siècle
 
  
 
l'amélioration, la création et l'équipement de conservatoires, d'écoles de musique et d'orchestres (8). Le potentiel existe donc et les fabricants étrangers, soutenus par des négociants, vont s'emparer de ce marché en pleine expansion. En France, l'entreprise Rameau est fondée en 1971, avec beau­coup d'anciens techniciens de Gaveau (9). Le piano français re­démarre dans un contexte favorable. La qualité au départ n'at­teint pas le haut de gamme, mais équivaut ou même dépasse certains pianos de série importés et surtout les « bonnes occa­sions » venues d'Angleterre dans les années 1975 à 1985. Le scandale des pianos anglais a ainsi défrayé la chronique de son temps, lorsque les Britanniques ont décidé de se débarrasser de tous leurs vieux pianos qui se trouvaient dans les écoles et les universités pour mieux les rééquiper de neuf. Un « réseau pra­tiquant l'escroquerie sur le piano d'occasion » (10) revend des instruments maquillés, phénomène qui a porté préjudice aux facteurs-réparateurs consciencieux ainsi qu'à la production de neuf.
Quel piano au XXIe siècle ?
Dans les autres pays d'Europe de l'Ouest, seule l'Allemagne conserve un grand nombre de firmes de facture traditionnelle de qualité. L'Angleterre possède Kemble et Broadwood et une ou deux fabriques survivent en Hollande et dans les pays Scan­dinaves. On peut noter le défi que Paolo Fazioli lance dans ces années-là en Italie. Presque trois cents ans après l'invention du pianoforte par Cristofori, il décide de produire des pianos à
queue haut de gamme et de les imposer sur les scènes interna­tionales. Un pari réussi.
Quant aux Etats-Unis, ils conservent leur marché sur le conti­nent américain. Ils ont opté pour la forme du piano droit « console » qui ne correspond pas au goût des Européens (Wur-litzer à Cincinnati, Story & Clark-Lowrey). Dans les quinze dernières années du siècle, l'électronique mo­difiera encore le comportement des utilisateurs, les claviers numériques, apportant des possibilités nouvelles, et tentant de répondre à la diversité des musiques par la diversité des sons. L'ordinateur au service de la musique permet d'assister le com­positeur. Associé au piano, il engendre un instrument hybride, fiable le plus souvent dans les produits haut de gamme. À la fin du XXe siècle, la facture de piano se divise en deux caté­gories. Le piano de série, dont les critères de qualité des maté­riaux et de fabrication sont avant tout économiques et le piano fabriqué selon les règles traditionnelles artisanales. Dans ce dernier cas, la sélection des pièces est sévère et leur assembla­ge, s'il est en partie mécanisé, comporte surtout une interven­tion humaine du facteur.
Les dernières expérimentations sur l'instrument comme la pé­dale harmonique, le piano en 16e de tons, le couplage à l'ordina­teur, et toutes autres recherches, peuvent ouvrir des voies d'ex­ploration pour inventer le piano du XXIe siècle. En effet, s'il a conquis la moitié de la planète, il demeure intègre et chargé d'émotions pour qui veut bien écouter cette feuille de bois qui résonne, âme de l'instrument. ■
 
  
 

Les pianos reproducteurs ont connu une très grande vogue au début du XXe siècle

 
  
 
(1) Eugène de Bricqueville in Rapport de l'Exposition Internationale Universelle de 1900 à Paris, p. 519, Imp. Lemercier.
(2) CyrilEhrlichmThe piano a histoiy,p. 108LondonJ.M. Dent&sonsLtd 1976
(3) Des instruments de grandes marques de ces années sont d'ailleurs encore cotés de nos jours et étonnent par leurs qualités une fois restaurés.
(4) Alphonse Duvernoy, premier prix de piano en 1855 puis professeur au Conservatoire national de 1886 à 1905, in Le piano et sa technique, L.E. Gratia & A. Duvernoy - Encyclopédie de la Musique et dictionnaire du Conservatoire, p. 2084, Delagrave Paris 1927
(5) Le facteur parisien, Yvon, commercialise des pianos sous la marque Augustin Gaveau qui n'ont aucun lien avec les pianos Gaveau excepté une homonymie de circonstance.
(6) Paul Léon in Rapport général section artistique et technique, p. 60, Paris librairie Larousse 1925
(7) Robert Bernard, compositeur, in Almanach de la musique, année 1950, p.121, Ed. de Flore 1950 .Robert Bernard a dirigé Histoire de la musique, en IV volumes en 1970, éd. Fernand Nathan.
(8) Olivier Barli in Lafactu refrançaise du piano de 1849 à nos jours, p. 255, La Flûte de Pan 1983.
(9) La licence d'utilisation des marques Pleyel, Érard, Gaveau appartient au constructeur allemand Schimmel jusqu'en 1994.
(10) Olivier Barli ; op. cit. p. 215
 
  
    
Dernière mise à jour : ( 07-04-2006 )
 
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